Mardi carte blanche · Milliardaires & richesse mondiale
Milliardaires : la richesse du monde peut-elle encore se partager ?
Publié le 28 juillet 2026
La question posée
❓ Alors que la fortune des milliardaires bat record sur record — plus de 20 000 milliards de dollars, en hausse de 4 000 milliards en un an —, la concentration des richesses va-t-elle être freinée par de nouveaux impôts, se poursuivre au rythme actuel, ou s'accélérer encore ?
Un « milliardaire » (en dollars) est une personne dont tout ce qu'elle possède — entreprises, actions, immobilier — moins ses dettes dépasse mille millions de dollars. Le magazine américain Forbes en publie chaque année la liste mondiale. Cru 2026, paru le 10 mars : un record de 3 428 milliardaires, soit environ 400 de plus qu'un an plus tôt.
Leur fortune cumulée atteint elle aussi un sommet : 20 100 milliards de dollars, contre 16 100 un an avant — 4 000 milliards de plus en douze mois. Pour donner une idée, c'est environ six fois et demie la richesse produite en un an par la France, ou à peu près l'équivalent du PIB de la Chine, deuxième économie du monde. L'homme le plus riche, Elon Musk, illustre ce basculement : classé à ≈839 milliards dans le palmarès Forbes de mars, il a depuis franchi une première fois, en juin 2026, le seuil symbolique des 1 000 milliards de dollars — porté par l'entrée en Bourse de SpaceX —, avant de repasser plusieurs fois sous ce cap au fil des marchés.
Cette envolée a un moteur clair : le boom de l'intelligence artificielle et l'euphorie des marchés, qui ont fait bondir la valeur des grandes entreprises technologiques. L'ONG Oxfam, qui publie chaque janvier un rapport sur les inégalités, calcule de son côté que la fortune des milliardaires a grimpé de +16 % sur la seule année 2025, trois fois plus vite que la moyenne des cinq années précédentes. (Les totaux varient selon les méthodes : Oxfam retient 18 300 milliards fin 2025, Forbes 20 100 en mars 2026.)
Cette concentration nourrit un débat mondial : faut-il un impôt plancher sur les plus fortunés ? L'économiste français Gabriel Zucman propose une taxe d'au moins 2 % par an sur le patrimoine des milliardaires, qui rapporterait selon lui 200 à 250 milliards de dollars par an dans le monde. En 2024, le G20 a signé une déclaration d'intention en ce sens — mais sans rien d'obligatoire. En France, une « taxe Zucman » (2 % au-dessus de 100 millions d'euros, environ 1 800 foyers) a été rejetée fin 2025 par l'Assemblée puis le Sénat lors du budget 2026 ; seule une version très allégée a survécu, que Zucman lui-même juge taillée pour épargner les ultra-riches.
Le sujet se prête à trois scénarios très différents parce que deux forces s'affrontent, et personne ne sait laquelle l'emportera : d'un côté la pression pour taxer (opinion publique, rapports d'ONG, présidentielle 2027 qui va remettre le sujet sur la table en France) ; de l'autre la concurrence fiscale entre pays, la menace de départ des grandes fortunes et un boom de l'IA qui, tant qu'il dure, fabrique des milliardaires plus vite que n'importe quel impôt ne les freine.
Fortune cumulée des milliardaires (Forbes, mars 2026)
≈ 20 100 milliards $ ▲ +4 000 milliards en un an
Nombre de milliardaires dans le monde
3 428 record absolu, ≈ +400 en un an