Chaque jour, un sujet qui compte, décortiqué en trois scénarios chiffrés, avec une probabilité pour chacun. Jamais figée : elle évolue si la situation change.
Le dossier des retraites, suspendu par la loi jusqu'en janvier 2028, va-t-il rester gelé jusqu'à la présidentielle de 2027, ou s'invite-t-il déjà dans la campagne dès cet automne ?
Fin 2025, Emmanuel Macron a dû suspendre sa propre réforme des retraites pour éviter la chute de son gouvernement. Ce dossier, l'un des plus sensibles du pays, atterrit maintenant dans les mains des candidats à la présidentielle d'avril 2027 — tous ont un projet, ou sont en train d'en construire un.
La réforme Borne* de 2023, qui relève l'âge légal de 62 à 64 ans, est suspendue depuis une loi promulguée le 30 décembre 2025 (validée par le Conseil constitutionnel) : la hausse est gelée jusqu'en janvier 2028. Mais suspendre n'est pas annuler — dès le 1er septembre 2026, les nouvelles règles de cette suspension s'appliquent déjà aux générations nées entre 1964 et 1968, qui partiront quelques mois plus tôt que prévu par la réforme initiale.
Comprendre
Suspendre une réforme, ce n'est pas l'annuler.
La loi de fin 2025 ne supprime rien : elle met le calendrier de hausse de l'âge légal sur pause jusqu'en janvier 2028. Passé cette date, si aucune nouvelle loi n'est votée d'ici là, la progression vers 64 ans repart automatiquement, exactement là où elle s'était arrêtée. Le président élu en 2027 n'hérite donc pas d'une page blanche, mais d'un compte à rebours déjà enclenché.
Pourquoi ce dossier revient déjà sur la table ? D'abord parce que la facture s'alourdit : le Conseil d'orientation des retraites* (COR) a relevé, le 3 août 2026, sa prévision de déficit à long terme du système à 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % un an plus tôt — la population vieillit plus vite que prévu, et les naissances reculent. Ensuite parce que le gouvernement, englué dans les mêmes tensions budgétaires que sur le budget 2027 (notre article sur les risques de censure de l'automne), envisage une désindexation* partielle des pensions pour boucler ses comptes : selon le seuil retenu, l'économie irait de 1,5 à 6 milliards d'euros — une piste encore en discussion mi-août, pas une décision arrêtée.
Comprendre
En France, les cotisations versées aujourd'hui servent principalement à financer les pensions des retraités d'aujourd'hui : elles ne sont pas, pour l'essentiel, épargnées pour financer sa propre retraite.
C'est le principe de la répartition*. Il s'applique à l'essentiel du système français, y compris aux retraites complémentaires comme l'Agirc-Arrco.
Il existe toutefois une exception dans la fonction publique : depuis 2005, la RAFP fonctionne par capitalisation. Les cotisations sont investies et permettent de constituer progressivement des droits pour sa propre retraite, mais uniquement sur une partie de la rémunération.
Conséquence : lorsque la population vieillit, la France ressent directement la pression sur le financement des retraites, puisque le système dépend largement du rapport entre actifs cotisants et retraités.
Sur le fond, les candidats à la présidentielle 2027, déjà divisés sur presque tout le reste (2027 : un favori, une opposition éclatée), ne s'accordent pas davantage sur les retraites. Jean-Luc Mélenchon (LFI) promet un retour à 60 ans ; Bruno Retailleau (LR) veut au contraire repousser à 65 ans, quand Édouard Philippe (Horizons) évoque même 66 ou 67 ans ; Gabriel Attal (Renaissance) propose de supprimer purement l'âge légal au profit de la seule durée de cotisation — une idée un temps reprise par Jordan Bardella, alors que Marine Le Pen, elle, défend toujours un retour à 62 ans. Même à l'intérieur du Rassemblement national, la ligne n'est plus la même.
Cinq rendez-vous, avant même l'élection, peuvent faire pencher la balance.
Le calendrier qui va trancher entre ces 3 scénarios
127 août 2026 — Premier débat de la campagne, face au MedefSept candidats interrogés à Roland-Garros, dont Marine Le Pen, Bruno Retailleau, Gabriel Attal et Édouard Philippe ; les retraites devraient y être abordées.
21er septembre 2026 — Fin du statu quo pour les premières générationsLes nouvelles règles issues de la suspension s'appliquent aux générations nées entre 1964 et 1968.
3Automne 2026 — Examen du budget 2027Le gouvernement doit trancher sur le seuil de la désindexation des pensions (1,5 à 6 milliards d'euros d'économies selon l'option retenue).
411 et 18 octobre 2026 — Primaire fermée du Parti socialisteDésignation du candidat socialiste, avec Place publique ; la gauche reste divisée sur une primaire plus large.
5Avril-mai 2027 — Premier et second tours de la présidentielleLe programme retraite du vainqueur devient, du jour au lendemain, la politique du pays.
6Janvier 2028 — Fin légale de la suspensionSans nouvelle loi d'ici là, le calendrier de hausse vers 64 ans reprend automatiquement là où il s'est arrêté.
Entre le 27 août et janvier 2028, six échéances peuvent faire basculer le dossier vers l'un des trois scénarios ci-dessous — ou le laisser, une fois de plus, sans réponse.
Voilà pourquoi ce sujet se prête à trois scénarios chiffrés : soit un compromis de financement sort le dossier de l'ornière avant 2028 ; soit rien n'est tranché avant l'élection, et le dossier reste entier ; soit le futur président impose un choix radical, sans financement solide, dès son arrivée.
Âge conjoncturel* moyen de départ à la retraite (DREES)62 ans et 9 mois Gelé depuis la suspension (loi du 30 déc. 2025), jusqu'en janvier 2028
Économies visées par la désindexation des pensions (budget 2027)3 Md€ Piste médiane en discussion — de 1,5 à 6 Md€ selon le seuil retenu
Âge conjoncturel moyen de départ à la retraite, 2004-2023
Vingt ans de hausse quasi continue, stoppés net par la suspension jusqu'en 2028.
L'âge conjoncturel de départ, pas l'âge moyen réel d'une génération : pour une année donnée, c'est l'âge de départ d'une génération fictive qui aurait, à chaque âge, la même probabilité d'être à la retraite que les générations observées cette année-là — un indicateur pensé pour suivre les réformes en temps réel. Sources : DREES (EIR, modèle ANCETRE), Insee — voir Sources en bas de l'édition.
Favorable, stable ou dégradé
Gelé, réglé, ou explosif après 2027 ?
Ce qu'on évalue
Est-ce qu'un compromis de financement sort le dossier de l'ornière avant 2028 ? Est-ce que rien n'est tranché avant la présidentielle, laissant le dossier intact au vainqueur ? Ou est-ce que le futur président impose un choix radical, sans financement solide, dès son arrivée ?
Favorable
20%
Peu probable
Un compromis sort le dossier de l'ornière
Le débat du 27 août ne clôt rien à lui seul, mais il ouvre une vraie négociation entre les grandes familles politiques sur un financement mixte — un peu plus de cotisations, un peu plus de durée, des protections ciblées sur la pénibilité et les petites pensions. À l'automne, le budget 2027 retient la version la plus resserrée de la désindexation (au-delà de 3 000 euros bruts par mois, 1,5 milliard d'euros d'économies) plutôt que la plus large. La primaire du PS en octobre et la campagne elle-même font émerger un projet chiffré et documenté, qui reprend une hausse mesurée de l'âge conjoncturel de départ (vers 63 ans, avec ces protections) plutôt que de le laisser bloqué net — l'Assemblée le transforme en loi avant janvier 2028 sans attendre le couperet automatique.
C'est le scénario le moins probable des trois : aucun compromis de ce type n'a tenu depuis la réforme de 2010, et rien dans les postures actuelles des candidats — de 60 à 67 ans selon les partis — ne montre un rapprochement en cours.
Indicateurs touchés
Âge conjoncturel moyen de départ≈ 63 ans↑(vs 62 ans et 9 mois, DREES 2023)
Économies de la désindexation (budget 2027)1,5 Md€↓(vs 3 Md€, piste médiane en discussion)
Concrètement en France
Un compromis financé protégerait les petites pensions et les métiers pénibles tout en stabilisant les comptes du système — un vrai gain de visibilité pour des millions de futurs retraités. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
50%
Probable
Le statu quo jusqu'à l'élection
Aucun camp ne cède avant l'élection : le débat du 27 août reste un exercice de communication, chacun campant sur sa position (60, 62, 64, 65 ou 67 ans selon le candidat). À l'automne, le gouvernement retient une version intermédiaire de la désindexation (seuil autour de 2 000 euros bruts, 3 milliards d'euros d'économies) pour boucler son budget, sans toucher au fond du dossier. La suspension continue de s'appliquer sans accroc jusqu'à son terme légal, en janvier 2028 : l'âge conjoncturel de départ reste bloqué à 62 ans et 9 mois, laissant au vainqueur de la présidentielle un dossier entier à trancher seul, sans mandat clair issu du scrutin.
C'est le scénario le plus probable des trois : il prolonge un blocage installé depuis 2023, sans exiger ni le sursaut politique du favorable, ni la rupture brutale du dégradé.
Indicateurs touchés
Âge conjoncturel moyen de départ62 ans et 9 mois→(vs 62 ans et 9 mois, DREES 2023)
Économies de la désindexation (budget 2027)3 Md€→(vs 3 Md€, piste médiane en discussion)
Concrètement en France
Rien n'est réglé avant l'élection : les Français qui approchent de la retraite restent dans l'incertitude, pendant qu'une désindexation partielle rogne déjà le pouvoir d'achat de plusieurs millions de retraités aux revenus intermédiaires. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Dégradé
30%
Probable
Un choix imposé sans financement
Le débat de rentrée s'enlise en postures sans qu'aucun projet chiffré commun n'émerge. Faute de financement identifié, le gouvernement étend la désindexation à l'ensemble des pensions pour boucler son budget 2027 (6 milliards d'euros d'économies, la version la plus large), déclenchant la colère des syndicats de retraités. Ce gel large fait gagner du temps sur le budget immédiat, mais ne change rien à l'âge de départ ni à la durée de cotisation : le déficit de long terme continue donc de se creuser malgré ces économies. La campagne se joue alors sur une promesse non financée — un retour sec à 60 ans, qui effacerait quinze ans de hausse de l'âge conjoncturel de départ sans nouvelles recettes pour compenser le manque à gagner, ou à l'inverse un saut à 65-67 ans sans mesure de transition pour les métiers pénibles — que le vainqueur doit imposer dans l'urgence dès 2027, sans les recettes qu'il faudrait pour équilibrer l'un ou l'autre choix.
Ce scénario reste moins probable que le stable, car il suppose une bascule brutale plutôt qu'un enlisement — jusqu'ici la ligne la plus fréquente en France sur ce dossier. Il reste toutefois plus probable que le favorable : le déficit ne cesse de se creuser sans qu'aucun compromis durable n'ait tenu depuis quinze ans.
Indicateurs touchés
Âge conjoncturel moyen de départ60 ans↓(vs 62 ans et 9 mois, DREES 2023)
Économies de la désindexation (budget 2027)6 Md€↑(vs 3 Md€, piste médiane en discussion)
Concrètement en France
Une désindexation généralisée ou une réforme brutale sans financement fragiliserait le pouvoir d'achat de 18 millions de retraités, pendant que le déficit du système continuerait de se creuser. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Le dossier des retraites, suspendu par la loi jusqu'en janvier 2028, va-t-il se régler avant la présidentielle 2027, rester gelé jusqu'au bout, ou devenir le point de rupture de la campagne ?
Le Conseil d'orientation des retraites a relevé, le 3 août 2026, sa prévision de déficit du système de retraites françaises à 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % un an plus tôt.
Le scénario le plus probable (50 %) : un statu quo prolongé, sans compromis ni rupture avant l'élection, avec une désindexation partielle des pensions d'environ 3 milliards d'euros pour boucler le budget 2027 — et un dossier retraites laissé intact au futur président.
Signal à surveiller : le débat du 27 août face au Medef, et l'arbitrage du budget 2027 à l'automne sur le seuil retenu pour la désindexation des pensions (1,5, 3 ou 6 milliards d'euros).
Assez négatif
Notre évaluation de l'impact pour la France : assez négatif. Les deux scénarios les plus probables à eux deux (80 %, stable et dégradé) laissent le dossier sans réponse crédible avant l'élection, pendant que le déficit du système continue de se creuser. Seul le favorable (20 %), le moins probable des trois, apporterait un compromis financé.
La réforme des retraites de 2023, votée sans vote final via l'article 49.3, qui relève progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans — aujourd'hui suspendue jusqu'en janvier 2028.
Conseil d'orientation des retraites (COR)
L'organisme officiel qui projette chaque année les comptes du système de retraites français à long terme, sous l'autorité du Premier ministre.
Désindexation
Le fait de ne plus revaloriser une prestation (ici, une pension de retraite) au même rythme que l'inflation, ce qui réduit son pouvoir d'achat réel dans le temps.
Répartition (retraite par)
Un système où les cotisations des actifs financent directement, la même année, les pensions des retraités déjà partis — par opposition à la capitalisation, où chacun épargne pour sa propre pension future.
Âge conjoncturel de départ à la retraite
L'âge de départ d'une génération fictive qui aurait, à chaque âge, la même probabilité d'être à la retraite que les générations observées l'année en question — un indicateur pensé pour suivre l'effet des réformes en temps réel, plutôt que l'âge moyen réel d'une génération précise.
Chaque jour, un sondage sur notre canal Telegram : vote pour le scénario que tu juges le plus probable avant même de découvrir les vraies probabilités ci-dessus.