Chaque jour, un sujet qui compte, décortiqué en trois scénarios chiffrés, avec une probabilité pour chacun. Jamais figée : elle évolue si la situation change.
Scénario
Vendredi, sciences
Neuropathies : la recherche avance, les traitements stagnent
Publié le 18 septembre 2026
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La question posée
Des dizaines d'essais cliniques sont en cours : un traitement qui arrête la maladie, plutôt qu'un calmant, peut-il arriver avant 2030 ?
Les faits
Le mot « neuropathie » désigne une atteinte des nerfs périphériques, ceux qui relient la moelle épinière aux mains, aux pieds ou aux organes. Derrière ce terme unique se cachent des dizaines de maladies distinctes : certaines viennent du diabète, d'autres d'une chimiothérapie, d'une attaque du système immunitaire contre ses propres nerfs, ou encore d'une mutation génétique transmise en famille. Cette diversité de causes n'est pas un détail : c'est elle qui explique pourquoi, malgré une recherche très active, il n'existe presque jamais un seul traitement qui marche pour tout le monde. Un médicament pensé pour une neuropathie auto-immune n'a par exemple aucune raison de fonctionner sur une neuropathie génétique, même si les symptômes se ressemblent en surface.
Comprendre
« Neuropathie » regroupe des dizaines de maladies aux causes totalement différentes, pas une seule.
Un diabète mal équilibré, une chimiothérapie, une attaque du système immunitaire ou une mutation génétique héritée peuvent chacun endommager les nerfs de façon très différente. C'est comme si « fièvre » désignait à la fois une grippe, une appendicite et une réaction allergique : le symptôme se ressemble, mais soigner la cause exige chaque fois une approche complètement distincte. C'est pour cela qu'un même essai clinique ne peut presque jamais s'appliquer à toutes les formes de neuropathie à la fois.
La cause la plus fréquente reste, de très loin, le diabète. La Fédération Internationale du Diabète recense 589 millions d'adultes diabétiques dans le monde en 2024, soit 11,1% de la population adulte de 20 à 79 ans, un chiffre qui pourrait grimper jusqu'à 853 millions en 2050 selon les projections officielles. Or la neuropathie diabétique est la complication la plus courante de cette maladie : on estime qu'environ 50% des patients diabétiques développent une neuropathie après 25 ans d'évolution de leur diabète, même si les études donnent des chiffres très variables, allant de 8% à près de 60% selon les critères de diagnostic retenus. Cette fourchette énorme n'est pas une erreur de mesure : elle révèle qu'il n'existe pas encore de définition médicale unique et largement partagée de ce qu'est, précisément, une neuropathie diabétique débutante.
Sur le plan des traitements, l'essentiel de ce qui est aujourd'hui prescrit aux patients reste symptomatique : cela veut dire qu'on calme la douleur ou les fourmillements, sans agir sur la cause profonde ni empêcher les nerfs de continuer à se détériorer. Un vrai traitement curatif devrait, lui, soit traiter la maladie à l'origine des dégâts, soit stopper la progression de l'atteinte nerveuse, soit permettre au nerf endommagé de se régénérer. Ces quatre objectifs — soulager, traiter la cause, stopper la progression, régénérer — sont souvent confondus dans le grand public, alors qu'ils correspondent à des stratégies scientifiques complètement différentes, avec des niveaux de difficulté et de risque très inégaux selon la maladie visée.
L'actualité récente illustre bien cette difficulté. En juin 2026, le laboratoire Sanofi a annoncé l'arrêt de son essai de phase 3 baptisé MOBILIZE, qui testait le riliprubart contre la polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique (CIDP)*, une neuropathie auto-immune rare. Un comité de surveillance indépendant a jugé que l'essai, qui portait sur environ 140 patients, n'apporterait pas une efficacité suffisante pour continuer, malgré des résultats encourageants obtenus lors de la phase 2 précédente. Aucun signal de sécurité n'a été relevé : le médicament n'était pas dangereux, il n'était simplement pas assez efficace pour justifier de poursuivre. Un autre essai du même médicament, VITALIZE, mené chez des patients déjà traités par immunoglobulines, restait en cours d'évaluation après cet échec, sans arrêt automatique ni calendrier annoncé.
Comprendre
Calmer la douleur, traiter la cause, stopper l'aggravation ou régénérer le nerf : quatre objectifs très différents.
La plupart des traitements actuels se contentent de calmer la douleur, un peu comme un antalgique sur une fracture non soignée. L'essai de Sanofi visait un objectif bien plus ambitieux : stopper la progression de la maladie elle-même, pas seulement ses symptômes. Son échec montre à quel point ce second objectif reste, aujourd'hui encore, beaucoup plus difficile à atteindre que le premier.
Cet épisode n'est pas isolé : c'est un cas d'école de ce qui rend ce domaine si lent à produire des résultats concrets pour les patients. Passer d'un essai de phase 2 prometteur à une phase 3 confirmée est un obstacle classique en médecine, mais il est particulièrement marqué sur les neuropathies rares comme la CIDP, où le nombre de patients disponibles pour un essai reste limité et où la maladie évolue de façon très inégale d'un individu à l'autre. D'autres pistes avancent en parallèle, comme la thérapie génique expérimentale ST-503, testée en essai clinique et qui vise à réprimer directement le gène Nav1.7, responsable de la transmission des signaux de douleur, chez des patients souffrant d'une neuropathie des petites fibres résistante aux traitements classiques. En France, une unité de recherche de l'Inserm développe des vecteurs viraux AAV* pour la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 2, une neuropathie génétique, ainsi que des nanomédicaments à ARN interférent pour d'autres formes héréditaires.
C'est précisément cette accumulation de signaux contradictoires — des pistes scientifiques réelles et documentées d'un côté, des essais de phase 3 qui échouent régulièrement de l'autre — qui rend l'avenir du domaine incertain à moyen terme. Un scénario favorable verrait au moins une de ces pistes obtenir une approbation réglementaire avant 2030 pour une forme précise de neuropathie. Un scénario plus prudent, jugé le plus probable par les experts du secteur, verrait la recherche continuer de progresser sans qu'aucune rupture ne change la vie de la majorité des patients. Un scénario dégradé verrait au contraire les échecs s'accumuler, pendant que le nombre de personnes concernées continue de grossir avec la progression mondiale du diabète.
Adultes diabétiques dans le monde (2024)589 millions vers 853 millions projetés en 2050 (FID, Atlas du diabète)
Prévalence de la neuropathie après 25 ans de diabèteenviron 50% fourchette 8-60% selon les études, en hausse avec l'âge et la durée du diabète
Favorable, stable ou dégradé
Neuropathies : vers un vrai traitement d'ici 2030 ?
Ce qu'on évalue
FavorableUn traitement ciblé obtient une approbation réglementaire pour une neuropathie précise avant 2030.
StableLa recherche progresse scientifiquement mais les soins restent très majoritairement symptomatiques.
DégradéLes essais cliniques échouent en série tandis que le nombre de patients touchés continue d'augmenter.
Favorable
25%
Peu probable
Un traitement ciblé est approuvé avant 2030
Dans ce scénario, au moins une piste actuellement en essai clinique franchit toutes les étapes réglementaires avant 2030 pour une forme précise de neuropathie, génétique ou auto-immune. Cela pourrait être une thérapie génique comme celles développées par l'Inserm sur la maladie de Charcot-Marie-Tooth, ou une approche comme le ST-503 qui cible directement le gène de la douleur Nav1.7. Le point commun de ces pistes est qu'elles ne visent jamais toutes les neuropathies à la fois, mais une forme précise et bien caractérisée, ce qui augmente leurs chances de succès en essai clinique.
Ce scénario reste minoritaire face au scénario stable, car l'échec du riliprubart de Sanofi en juin 2026 montre qu'un passage réussi de la phase 2 à la phase 3 n'a rien d'automatique, même pour un laboratoire disposant de moyens considérables. Il se distingue aussi du scénario dégradé par un argument précis : les thérapies géniques ciblées sur une seule mutation, comme celles visant Charcot-Marie-Tooth, sont scientifiquement plus simples à valider qu'un médicament visant une maladie auto-immune aux mécanismes plus diffus comme la CIDP.
Indicateurs touchés
Adultes diabétiques dans le monde589 millions, en hausse vers 853 millions en 2050→589 millions (2024)
Prévalence de la neuropathie après 25 ans de diabèteenviron 50%, mais un sous-groupe de patients bénéficie enfin d'un traitement curatif ciblé↓environ 50% (2026, sans traitement curatif disponible)
Concrètement en France
L'Inserm, déjà positionné sur la thérapie génique des neuropathies génétiques, pourrait figurer parmi les premiers à valider une approche de ce type. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
55%
Assez probable
La recherche progresse, les soins restent symptomatiques
Ce scénario est la poursuite de la situation actuelle : des essais de phase 2 continuent de donner des résultats encourageants, de nouvelles pistes de thérapie génique et de neuroprotection sont publiées régulièrement, mais aucune ne franchit le seuil d'un traitement disponible à grande échelle pour la majorité des patients. Une personne atteinte de neuropathie diabétique ou de CIDP continue, dans ce cas, de recevoir principalement des traitements contre la douleur, sans que la progression de sa maladie soit réellement arrêtée par un médicament approuvé.
Ce scénario se distingue du favorable par l'absence de franchissement complet du parcours réglementaire d'ici 2030 : les preuves scientifiques existent, mais transformer un essai prometteur en médicament approuvé prend historiquement plus de dix ans. Il se distingue du dégradé car il suppose que la recherche continue malgré tout d'avancer, sans effondrement du nombre d'essais en cours ni série d'échecs comparable à celle vécue par Sanofi en 2026.
Indicateurs touchés
Adultes diabétiques dans le monde589 millions, en progression continue vers 853 millions en 2050↑589 millions (2024)
Prévalence de la neuropathie après 25 ans de diabèteenviron 50%, essentiellement traitée par des symptomatiques, sans recul du chiffre→environ 50% (2026)
Concrètement en France
Les patients français continuent d'être suivis avec des traitements symptomatiques, sans accès à une thérapie curative généralisée. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Dégradé
20%
Peu probable
Les essais échouent, le nombre de patients augmente
Dans ce scénario, plusieurs essais cliniques majeurs échouent dans les prochaines années sur le modèle de l'arrêt du riliprubart de Sanofi en juin 2026, sans qu'aucune avancée ne parvienne jusqu'au marché. Dans le même temps, la hausse continue du nombre de diabétiques dans le monde, projetée à 853 millions en 2050, continue de faire grossir mécaniquement le nombre de personnes concernées par une neuropathie, puisque le diabète en reste la première cause. Le fossé entre le nombre de patients et l'offre de traitements curatifs s'élargirait alors, plutôt que de se resserrer.
Ce scénario se distingue du stable par son caractère cumulatif : ce n'est pas seulement l'absence de progrès qui le caractérise, mais une série d'échecs qui découragerait certains investissements de recherche, notamment sur les maladies rares comme la CIDP où le nombre de patients disponibles pour de nouveaux essais est déjà limité. Il se distingue du favorable par l'absence totale de percée, là où le scénario favorable suppose au contraire qu'au moins une piste ciblée aboutisse malgré les difficultés du secteur.
Indicateurs touchés
Adultes diabétiques dans le mondeprogression accélérée, se rapprochant des 853 millions projetés dès avant 2050↑589 millions (2024)
Prévalence de la neuropathie après 25 ans de diabètesupérieure à 50%, sans nouveau traitement pour freiner la progression↑environ 50% (2026)
Concrètement en France
Les patients français atteints de formes rares comme la CIDP verraient leurs perspectives de traitement curatif reculer encore. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Ordres de grandeur indicatifs pour les 3 scénarios ci-dessus, estimés avec l'information disponible à la publication et réévalués si la situation change — jamais des prévisions garanties. En savoir plus sur notre méthode →
L'essentiel
Un traitement qui arrête vraiment la neuropathie, plutôt qu'un simple calmant, peut-il arriver avant 2030 ?
Le diabète, première cause de neuropathie, touche déjà 589 millions d'adultes dans le monde et environ la moitié d'entre eux développent une neuropathie après 25 ans de maladie ; en juin 2026, l'échec de phase 3 du riliprubart de Sanofi contre la CIDP a rappelé la difficulté du domaine.
Non, probablement pas de façon généralisée : le scénario jugé le plus probable (55%) prévoit que la recherche continue d'avancer sans qu'aucune rupture thérapeutique ne remplace les traitements symptomatiques actuels d'ici 2030.
À surveiller : le devenir de l'essai VITALIZE du riliprubart chez les patients sous immunoglobulines, dont Sanofi n'a pas encore annoncé la décision finale depuis juin 2026.
Assez négatif
Notre évaluation de l'impact pour la France : assez négatif. avec 55% de probabilité sur un scénario où les soins restent symptomatiques et 20% sur un scénario dégradé où les échecs s'accumulent, seuls 25% de chances portent sur une avancée curative avant 2030, ce qui pèse sur les patients atteints de neuropathies rares ou diabétiques en France.
Maladie rare où le système immunitaire attaque par erreur la gaine protectrice des nerfs périphériques, provoquant une faiblesse et des troubles de la sensibilité progressifs dans les bras et les jambes.
Vecteur AAV
Virus modifié et rendu inoffensif, utilisé comme véhicule pour transporter un gène thérapeutique jusque dans les cellules du patient, une technique courante en thérapie génique.
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