Scénario
Édition du 8 août 2026 · N°16
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Samedi culture française · Un an après la pire fréquentation depuis 1997

Le cinéma reprend des couleurs

Publié le 8 août 2026

Façade en noir et blanc d'un cinéma classique, motif de pellicule de film sur le fronton.
Scénario
Photo d'illustration. Gthedirector / Pexels ↗
La question posée

❓ Après une chute historique de la fréquentation en 2025 (-13,6 %, plus bas niveau depuis 1997 hors Covid), le rebond spectaculaire du début 2026 va-t-il tenir toute l'année, ou n'est-ce qu'un sursaut avant un nouveau recul ?

Chaque année, le CNC* (l'organisme public qui suit et finance le cinéma français) publie le bilan de fréquentation des salles obscures. Et 2025 a marqué un choc : 156,79 millions d'entrées vendues sur l'année, en baisse de 13,6 % par rapport à 2024 — soit 24 millions de spectateurs perdus en un an, et le plus bas niveau enregistré depuis 1997, en dehors des années Covid.

La raison tient en une phrase de Gaëtan Bruel, président du CNC : une année « en demi-teinte », faute de films fédérateurs* — ces films capables de rassembler un très large public, tous âges confondus. En 2025, ni Hollywood ni le cinéma français n'en ont assez produit : la part de marché* des films français est retombée à 37,9 % des entrées, tandis que plusieurs superproductions américaines très attendues décevaient au box-office.

Sauf que 2026 change complètement la donne. Sur les sept premiers mois de l'année, environ 107,9 millions d'entrées ont déjà été comptabilisées en France, un rythme nettement supérieur à celui de 2025. Le premier trimestre a progressé de 14 %, et juillet a bondi de 22,6 % sur un an. Sur l'année glissante* allant d'août 2025 à juillet 2026, la fréquentation atteint 174,52 millions d'entrées, contre 167,56 millions un an plus tôt — un vrai rebond porté notamment par « Marsupilami », la comédie française de Philippe Lacheau, qui a dépassé les 6,1 millions d'entrées et s'est imposée comme l'un des gros succès français de l'année.

Fin juillet a justement livré deux temps forts qui expliquent une bonne partie du bond de juillet : L'Odyssée, le péplum de Christopher Nolan avec Matt Damon, sorti le 15 juillet, a réalisé le 3ᵉ meilleur premier jour de l'année (232 972 entrées) ; puis Spider-Man : Brand New Day, sorti le 29 juillet, a signé le 9ᵉ meilleur démarrage hebdomadaire de l'histoire du box-office français avec 3,24 millions d'entrées en une semaine sur seulement 665 copies — la meilleure sortie de film de super-héros depuis Avengers : Endgame en 2019.

Ces deux succès ne sont pas des cas isolés : voici, à ce jour (12 août 2026), le classement des dix films qui ont fait le plus d'entrées en France depuis le début de l'année.

🏆 Top 10 des entrées 2026, à ce jour
  • 01 Marsupilami 6,11 millions d'entrées — Philippe Lacheau, sorti le 4 février
  • 02 Super Mario Galaxy, le film 5,64 millions d'entrées — sorti le 1ᵉʳ avril
  • 03 Michael 5,58 millions d'entrées — biopic de Michael Jackson par Antoine Fuqua, sorti le 22 avril
  • 04 L'Odyssée 4,69 millions d'entrées au 9 août, en hausse — sorti le 15 juillet — a depuis franchi les 5 millions, devenant le plus gros succès de la carrière de Christopher Nolan en France
  • 05 Spider-Man : Brand New Day 4,65 millions d'entrées cumulées au 9 août, toujours à l'affiche — sorti le 29 juillet
  • 06 Toy Story 5 4,07 millions d'entrées — sorti le 17 juin
  • 07 Le Diable s'habille en Prada 2 2,83 millions d'entrées — sorti le 29 avril
  • 08 Des Minions et des Monstres 2,65 millions d'entrées — sorti le 24 juin
  • 09 La Bataille de Gaulle – Partie 1 : L'âge de fer 2,46 millions d'entrées — Antonin Baudry, sorti le 3 juin
  • 10 Gourou 2,04 millions d'entrées — Yann Gozlan, avec Pierre Niney, sorti le 28 janvier

Classement encore mouvant : L'Odyssée, Spider-Man : Brand New Day et Toy Story 5, tous trois toujours en salles, pourraient encore grimper — voire se dépasser l'un l'autre — dans les prochaines semaines.

Le secteur reste pourtant fragile. Les charges et les loyers des salles continuent d'augmenter, et les plateformes de streaming — qui financent désormais environ 25 % de la fiction française, soit 1,2 milliard d'euros par an — changent les habitudes de consommation, même si la chronologie des médias* protège encore largement les salles obscures. Le solde des ouvertures et fermetures de cinémas reste quasi stable, avec seulement 5 à 6 salles de moins que l'an dernier — signe que la crise n'a pas (encore) vidé les salles pour de bon.

Reste une inconnue de taille : la rentrée. L'automne est traditionnellement une saison plus calme pour les salles, et le calendrier des mois à venir s'appuie beaucoup sur de grosses sorties américaines plutôt que sur de nouveaux triomphes français.

🎬 Les sorties qui vont peser sur la rentrée
  • 🗓️ The Dog Stars Ridley Scott, avec Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley — sortie mondiale le 26 août 2026
  • 🗓️ Digger Alejandro González Iñárritu, avec Tom Cruise — sortie mondiale le 30 septembre 2026
  • 🗓️ Avengers : Doomsday Sortie mondiale le 17 décembre 2026 — précommandes déjà deux fois plus rapides que Deadpool & Wolverine (2024)
  • 🗓️ Dune : Messiah Denis Villeneuve — sortie mondiale le 18 décembre 2026

Le rebond du premier semestre doit aussi beaucoup à un effet de comparaison avec une année 2025 historiquement basse : plus l'année avance, plus cet effet s'estompe. Personne ne peut donc dire aujourd'hui si 2026 confirme un vrai retournement de tendance ou si ce sursaut retombera une fois l'été passé — exactement le genre de situation où les chiffres pointent dans deux directions selon la période observée, qui se prête à l'exercice des trois scénarios.

Fréquentation des salles en France en 2025 156,79 M d'entrées ▼ -13,6 % vs 2024, plus bas niveau depuis 1997 hors Covid
Cumul des entrées, janvier-juillet 2026 ~107,9 M ▲ nettement au-dessus du rythme de 2025
Part de marché des films français en 2025 37,9 % — le KPI suivi dans les 3 scénarios ci-dessous

Rebond durable, reprise à moitié, ou nouvelle chute ?

Ce qu'on évalue

Est-ce que la fréquentation des salles françaises va continuer de grimper jusqu'à retrouver son niveau d'avant 2025, se stabiliser à un niveau intermédiaire porté par quelques gros succès sans repartir plus haut, ou retomber d'ici la fin de l'année vers les chiffres historiquement bas de 2025 ?

Favorable
30%
Probable

🎬 Le rebond tient jusqu'à la fin de l'année

Dans ce scénario, la dynamique du premier semestre — entrées en hausse de 19,7 % sur les sept premiers mois de 2026 — se prolonge jusqu'à la fin de l'année. Le calendrier d'automne et d'hiver enchaîne plusieurs grosses sorties, françaises et américaines — dont Avengers : Doomsday, le blockbuster Marvel du 17 décembre, porté par les précommandes déjà deux fois plus rapides que celles de Deadpool & Wolverine (2024), et Dune : Messiah de Denis Villeneuve le lendemain — qui rassemblent un large public sans se marcher dessus, sur le modèle de l'été 2026 où « Marsupilami » et « Le Royaume des Ombres » ont à eux seuls dépassé 10 millions d'entrées. La fréquentation totale finit l'année au-dessus de 185 millions, effaçant l'essentiel de la chute de 2025 et renouant avec le plateau de 2023-2024 (181 millions).

C'est plus probable que le scénario dégradé, parce que le rebond est déjà largement engrangé sur sept mois et ne peut plus être totalement effacé ; mais moins probable que le scénario stable, car il suppose que l'automne, saison traditionnellement plus calme, garde le même rythme que l'été porté par les blockbusters — un pari plus risqué qu'une simple stabilisation.


Indicateurs touchés
  • Fréquentation totale en 2026 185 M+ ↑ (vs 156,79 M en 2025)
  • Part de marché des films français 40 %+ ↑ (vs 37,9 % en 2025)
Concrètement en France Un vrai rebond soulagerait les milliers d'emplois liés aux salles et à la production, sous pression depuis la chute de 2025 (hausse des loyers et des charges pour les exploitants). → Plutôt favorable pour la France.
Stable
45%
Probable

🎟️ La reprise s'arrête à mi-chemin

C'est la trajectoire qui colle le mieux aux chiffres déjà connus : une bonne partie du rebond de 2026 s'explique par un effet de comparaison avec une année 2025 exceptionnellement basse, et par le succès ponctuel de quelques grosses locomotives plutôt que par un redressement large de l'offre — la part de marché des films français, à 37,9 % en 2025, reste dans la même zone. L'automne, plus calme, s'appuie surtout sur de grosses sorties américaines (le nouveau Tom Cruise, une adaptation signée Ridley Scott) plutôt que sur de nouveaux triomphes français. L'année finit entre 165 et 180 millions d'entrées : mieux que 2025, mais toujours en dessous du plateau de 181 millions de 2023-2024.

C'est le scénario le plus probable des trois : ni l'accélération continue du favorable, ni le retour aux plus bas de 2025 du dégradé, ne collent aussi bien à une reprise déjà réelle mais encore fragile.


Indicateurs touchés
  • Fréquentation totale en 2026 165-180 M ↑ (vs 156,79 M en 2025)
  • Part de marché des films français 37-39 % → (vs 37,9 % en 2025)
Concrètement en France Ni vraie amélioration ni nouvelle crise pour les salles et les professionnels du secteur, qui restent sous pression (loyers, charges) sans visibilité claire sur l'année suivante. → Neutre pour la France.
Dégradé
25%
Peu probable

🍂 Le rebond s'arrête à la rentrée

Dans ce scénario, l'effet de comparaison qui gonfle les chiffres de 2026 s'estompe à mesure que l'année avance — normal, puisqu'il compare à une deuxième moitié de 2025 déjà faible. L'automne, dominé par de grosses sorties américaines plutôt que françaises, ne suffit pas à compenser, et la part de marché des films français recule sous 35 %, un nouveau plus bas. La fréquentation totale finit l'année proche de celle de 2025 (156,79 millions), confirmant que la chute de l'an dernier n'était pas un accident isolé mais le début d'une tendance de fond, alimentée par la hausse des loyers et des charges des exploitants et par le poids croissant du streaming.

C'est le scénario le moins probable des trois : il faudrait un effondrement de l'automne bien plus sévère que ce qu'annoncent aujourd'hui les professionnels du secteur, alors que sept mois de rebond sont déjà actés.


Indicateurs touchés
  • Fréquentation totale en 2026 ~157 M → (vs 156,79 M en 2025)
  • Part de marché des films français <35 % ↓ (vs 37,9 % en 2025)
Concrètement en France Une rechute confirmerait une fragilisation durable des salles de cinéma françaises, avec un risque accru sur l'emploi dans l'exploitation et la production. → Plutôt défavorable pour la France.

Ordres de grandeur indicatifs pour les 3 scénarios ci-dessus, pas des prévisions garanties. En savoir plus sur notre méthode →

L'essentiel

Le rebond de fréquentation des salles de cinéma françaises, entamé début 2026, va-t-il tenir toute l'année ? En 2025, la fréquentation avait touché son plus bas niveau depuis 1997 (-13,6 %) ; les sept premiers mois de 2026 marquent un vrai redressement. Réponse la plus probable (45%) : le rebond se maintient sur un rythme soutenu jusqu'en décembre, sans forcément s'accélérer davantage. Le signal à surveiller : la performance des grosses sorties d'automne-hiver (Avengers : Doomsday, Dune : Messiah, le nouveau Tom Cruise) — si elles cartonnent comme Spider-Man et L'Odyssée cet été, l'année pourrait finir au-dessus de 185 millions d'entrées (30%) ; si l'automne reste plus calme que d'habitude, la fréquentation se stabilisera plutôt entre 165 et 180 millions.

Petit lexique

CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée)
L'organisme public français qui finance, régule et publie chaque année les statistiques officielles de fréquentation des salles de cinéma.
Films fédérateurs
Des films capables de rassembler un très large public, tous âges et tous profils confondus — le genre de succès qui, à lui seul, tire vers le haut la fréquentation globale des salles.
Part de marché (films français)
La proportion des entrées en salle générée par les films produits en France, par rapport à celles des films étrangers (essentiellement américains).
Année glissante
Une mesure sur douze mois qui ne suit pas l'année civile (janvier-décembre) mais se déplace mois après mois, utile pour lisser les creux et les pics saisonniers.
Chronologie des médias
La règle française qui impose un délai légal, de plusieurs mois, entre la sortie d'un film en salle et sa disponibilité en streaming, pour protéger les cinémas de la concurrence directe.
Voir tous les termes déjà expliqués → Glossaire

Sources

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