Chaque jour, un sujet qui compte, décortiqué en trois scénarios chiffrés, avec une probabilité pour chacun. Jamais figée : elle évolue si la situation change.
Après plus de quatre ans et demi de guerre et des pourparlers dans l'impasse sur le Donbas, les combats vont-ils s'arrêter, rester bloqués sans vainqueur, ou repartir de plus belle avant l'hiver ?
La guerre en Ukraine vient de passer un cap silencieux : plus de quatre ans et demi de combats, sans qu'aucun camp n'ait jamais pris l'avantage décisif. Depuis l'invasion russe du 24 février 2022, la Russie contrôle aujourd'hui environ 19 % du territoire ukrainien — Crimée annexée en 2014 comprise — et cette ligne bouge à peine depuis des mois. Sur le terrain, la guerre semble figée. Ailleurs, elle s'intensifie.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis pilotent des pourparlers de paix par étapes, de Genève à Abou Dabi. Fin juillet, Washington et Kyiv se disent proches d'un accord, mais Moscou dément toute avancée formelle. Le vrai blocage porte sur un seul territoire : le Donbas*. Washington aurait lié ses garanties de sécurité* — quinze ans de protection promise, quand Kyiv en réclame jusqu'à cinquante — au retrait complet de l'armée ukrainienne de cette région, y compris ses positions les mieux fortifiées. L'Ukraine refuse : céder le Donbas reviendrait à offrir à la Russie ses meilleures lignes de défense pour une future offensive. Et 57 % des Ukrainiens s'opposent eux aussi à toute cession d'un territoire encore sous leur contrôle.
Pendant que les diplomates négocient, la guerre, elle, ne fait pas de pause.
Ce que veut chaque acteur clé, en un coup d'œil
1Russie — exige le Donbas en entierAucun cessez-le-feu tant que l'Ukraine n'a pas cédé l'ensemble de la région, y compris les zones qu'elle contrôle encore aujourd'hui.
2Ukraine — refuse sans garanties solidesAccepte de discuter du Donbas, mais seulement contre des garanties de sécurité durables — jusqu'à cinquante ans, contre quinze ans proposés par Washington.
3États-Unis — médiateur, rien d'engagéPilotent les pourparlers et proposent quinze ans de garanties, mais celles-ci nécessitent l'aval du Congrès — aucun accord formel signé à ce stade.
4Opinion publique ukrainienne — verrou politique57 % des Ukrainiens rejettent toute cession de territoire, une contrainte forte pour un gouvernement qui devrait signer l'accord.
5Diplomatie russe — conteste la version américaineMoscou dément publiquement qu'un accord soit proche, une contradiction qui entretient la méfiance entre les délégations.
Cinq positions, aucun terrain d'entente : chacun attend que l'autre cède en premier.
Ce refus mutuel explique pourquoi, plus de quatre ans et demi après l'invasion, aucun accord durable n'a encore été signé — seulement des trêves ponctuelles, vite rompues. Sur le terrain, le front bouge peu, mais pas nulle part : entre janvier et août, l'armée ukrainienne affirme avoir repris 745 km² dans la région de Dnipropetrovsk — l'institut américain ISW, plus prudent, en comptabilise 627, tout en précisant que sa méthode sous-estime probablement les gains réels. Un gain local, pas un basculement : la ligne de contact, longue de plus de 1 000 kilomètres, reste globalement stable depuis des mois.
Comprendre
Le front ne bouge presque plus. La guerre, elle, continue de s'aggraver — juste ailleurs.
D'ordinaire, une ligne de front figée est un signe d'accalmie. Ici, l'immobilité du terrain cache une autre guerre, menée à des centaines de kilomètres des tranchées : frappes de missiles sur les villes et le réseau électrique, drones envoyés en profondeur jusqu'à Moscou. Le nombre de victimes et de destructions augmente, même quand la carte, elle, ne change presque plus.
En juillet, la Russie a tiré 376 missiles sur l'Ukraine — un record depuis mai 2022, contre 288 en mars et 192 un an plus tôt. Kyiv, Odessa et Zaporijjia ont été frappées à plusieurs reprises début août, tuant à chaque fois une dizaine de civils. En retour, l'Ukraine a envoyé près de 800 drones sur la région de Moscou le 16 août, l'une des plus grosses attaques ukrainiennes en profondeur depuis le début de la guerre.
Comprendre
Une guerre qui s'intensifie n'est pas une guerre qui s'étend : c'est toujours la même guerre, en plus dur.
Le scénario dégradé ne veut pas dire qu'un troisième pays entre dans le conflit. L'article 5 de l'OTAN, qui obligerait ses membres à se défendre mutuellement, ne s'applique pas à l'Ukraine : elle n'en fait pas partie. L'escalade resterait donc entre les deux mêmes belligérants — frappes plus dures sur le réseau électrique ukrainien, drones plus profonds sur le territoire russe — pas un embrasement mondial. Le vrai risque à surveiller, plus étroit, est qu'un missile ou un drone égaré touche par erreur un pays de l'OTAN voisin, comme un drone abattu par un avion de chasse de l'OTAN au-dessus de la Roumanie à la mi-août.
Voilà pourquoi ce sujet se prête à trois scénarios chiffrés : soit les pourparlers aboutissent enfin à une trêve durable ; soit ils s'enlisent sans accord, et le front reste gelé pendant que les frappes continuent au même rythme ; soit les négociations échouent complètement, et la guerre s'intensifie encore avant l'hiver.
Missiles russes tirés sur l'Ukraine (par mois)376 ▲ record depuis mai 2022, contre 192 un an plus tôt
Territoire ukrainien sous contrôle russe19 % ▲ Crimée annexée en 2014 comprise
Territoire ukrainien sous contrôle russe, 2014-2026
Après les grands bonds de 2022, le front est quasiment figé depuis quatre ans.
Chaque palier tient jusqu'au prochain changement significatif du front — pas de mouvement continu entre deux points. Sources : agrégation Institute for the Study of War (ISW), CSIS — voir Sources en bas de l'édition.
Favorable, stable ou dégradé
La guerre en Ukraine va-t-elle enfin s'arrêter ?
Ce qu'on évalue
Est-ce que les pourparlers menés par Washington aboutissent à une trêve durable dans les prochains mois ? Est-ce qu'ils s'enlisent sans accord, laissant le front gelé et les frappes se poursuivre au même rythme ? Ou est-ce que les négociations échouent complètement, ouvrant la voie à une guerre plus dure encore avant l'hiver ?
Favorable
20%
Peu probable
Une trêve qui tient enfin
Les pourparlers menés par Washington aboutissent à un accord dans les prochains mois : l'Ukraine accepte de céder le reste du Donbas, en échange de garanties de sécurité élargies — au-delà des quinze ans initialement proposés — validées par le Congrès américain et par plusieurs alliés européens. Ce compromis a un prix clair : même dans ce scénario, la Russie garde tout le terrain pris depuis 2014, ce qui en fait une victoire territoriale pour Moscou plutôt qu'un retour en arrière. Ce qu'elle obtient en échange d'arrêter là, c'est la levée de la pression des sanctions qui pèsent sur son économie depuis quatre ans et demi. Les frappes de missiles cessent presque totalement, remplacées par un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu déjà testé lors des trêves ponctuelles précédentes.
C'est le scénario le moins probable des trois : quatre ans et demi de tentatives similaires ont toutes buté sur le même obstacle, le Donbas, et rien n'indique que Moscou ou Kyiv soit prêt à un compromis réel plutôt qu'un simple enlisement (le stable) ou une rupture complète (le dégradé).
Territoire sous contrôle russe≈ 21 %↑(vs 19 %, référence 2026)
Concrètement en France
Une trêve en Ukraine desserrerait un facteur d'incertitude majeur pour les prix de l'énergie en Europe, encore marqués par les à-coups de ces dernières années, et allégerait la facture du soutien militaire français à Kyiv. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
45%
Probable
Le front s'enterre pour l'hiver
Aucun accord n'est trouvé. Washington continue de faire la navette entre Kyiv et Moscou, mais le blocage sur le Donbas et les garanties de sécurité ne se dénoue pas. Le front reste globalement gelé, avec seulement des gains locaux comme celui de Dnipropetrovsk en août. Les frappes de missiles et de drones se poursuivent au rythme actuel, sans nouvelle escalade majeure ni désescalade.
C'est le scénario le plus probable des trois : il ne demande aucun geste supplémentaire d'aucun camp, seulement la poursuite d'un blocage déjà installé depuis des mois. Plus probable que le favorable, qui suppose un compromis sur le Donbas qu'aucun camp n'a jamais accepté ; plus probable aussi que le dégradé, qui suppose au contraire une rupture complète des pourparlers en cours.
Territoire sous contrôle russe≈ 19 %→(vs 19 %, référence 2026)
Concrètement en France
Le statu quo se prolonge : la France continue de financer son soutien militaire à l'Ukraine et de composer avec des prix de l'énergie plus élevés qu'avant 2022, sans amélioration en vue. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Dégradé
35%
Probable
L'hiver de tous les dangers
Les pourparlers échouent complètement : Moscou maintient son exigence d'un Donbas cédé en entier, Kyiv refuse tout retrait sans garanties solides, et les discussions s'interrompent. La Russie intensifie ses frappes sur le réseau électrique ukrainien à l'approche de l'hiver, un schéma déjà vu lors des hivers précédents. L'Ukraine réplique par davantage de frappes en profondeur sur le territoire russe, et le nombre de victimes civiles grimpe des deux côtés. Le conflit reste strictement bilatéral entre Moscou et Kyiv, sans intervention militaire directe d'un pays tiers.
Ce scénario reste moins probable que le stable, car une rupture complète des pourparlers coûterait politiquement cher à Washington, qui y a investi plusieurs mois de médiation. Il reste toutefois plus probable que le favorable : la tendance des derniers mois va vers plus de frappes, pas vers un compromis sur le Donbas.
Territoire sous contrôle russe≈ 23 %↑(vs 19 %, référence 2026)
Concrètement en France
Une guerre qui s'intensifie ferait remonter la pression sur les prix de l'énergie en Europe et alourdirait le soutien militaire français à l'Ukraine, dans un contexte déjà tendu pour les finances publiques. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Après plus de quatre ans et demi de guerre, l'Ukraine et la Russie vont-elles enfin sortir de l'impasse, ou la guerre repart-elle de plus belle avant l'hiver ?
Les pourparlers menés par Washington butent depuis des mois sur un seul obstacle : le Donbas, que la Russie exige en totalité et que l'Ukraine refuse de céder sans garanties de sécurité solides, pendant que les frappes de missiles russes atteignent leur rythme le plus intense depuis mai 2022.
Le scénario le plus probable (45 %) : aucun accord n'est trouvé, le front reste globalement gelé, mais les frappes de missiles et de drones continuent au rythme actuel, sans avancée ni rupture nette.
Signal à surveiller : l'issue des prochaines rencontres entre négociateurs américains, russes et ukrainiens, et l'évolution du rythme des frappes russes à l'approche de l'hiver.
Assez négatif
Notre évaluation de l'impact pour la France : assez négatif. Les deux scénarios les plus probables à eux deux (80 %, stable et dégradé) laissent la France financer un soutien coûteux à l'Ukraine et composer avec des prix de l'énergie plus élevés qu'avant 2022. Seul le favorable (20 %), le moins probable des trois, inverserait la tendance.
La grande région industrielle de l'est de l'Ukraine, qui regroupe les oblasts de Donetsk et de Louhansk — au cœur du blocage des négociations de paix.
Garanties de sécurité
Un engagement d'alliés à défendre un pays en cas de nouvelle attaque, sans passer par une adhésion formelle à l'OTAN — la version discutée pour l'Ukraine dans le cadre des pourparlers de paix.
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