Scénario
Édition du 6 août 2026 · N°14

Jeudi sport · FIFA : la crise Infantino-UEFA

FIFA : la présidence d'Infantino vacille

Publié le 6 août 2026

Rangées de sièges bleus vides dans un stade de football.
Scénario
Photo d'illustration. Pixabay / Pexels ↗
La question posée

❓ Après avoir dû abandonner en catastrophe son projet de vendre un bout de la Coupe du monde à des investisseurs privés, Gianni Infantino peut-il regagner la confiance de l'UEFA et des autres fédérations avant l'élection à la présidence de la FIFA prévue le 18 mars 2027 ?

La FIFA, c'est l'organisation qui dirige le football mondial : 211 fédérations nationales, réparties en six confédérations continentales* (dont l'UEFA pour l'Europe), qui organisent ensemble la Coupe du monde. À sa tête depuis 2016 : le Suisse Gianni Infantino. Fin juillet 2026, il propose de créer une filiale commerciale, la FIFA Forward Enterprise (FFE)*, et d'en vendre 20 % à des investisseurs privés pour lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars, sur une valorisation totale de 20 milliards. Problème : cette filiale aurait géré les droits commerciaux de la Coupe du monde elle-même, sans qu'aucune fédération membre n'ait été consultée avant l'annonce.

La réaction est immédiate : le 30 juillet, les 55 fédérations de l'UEFA votent à l'unanimité pour boycotter toutes les compétitions FIFA, Coupe du monde comprise, si le projet est maintenu — une première historique. La CONCACAF (Amérique du Nord et centrale) rejette le plan aussi. Sous la pression, Infantino recule dès le 1er août et annonce l'abandon complet du projet.

Mais ce retrait ne suffit pas à calmer la colère. L'UEFA affirme avoir « perdu confiance » dans la direction de la FIFA et réclame la démission d'Infantino, sous peine de déclencher une motion de défiance*. Le Premier ministre canadien Mark Carney, dont le pays co-organise la Coupe du monde 2026, dit lui aussi ne plus lui faire confiance. Réuni en urgence au Maroc le 5 août, le comité exécutif de la FIFA lui apporte malgré tout son « plein soutien », tout en présentant des excuses pour les « erreurs » commises.

Le vrai bras de fer se joue sur les chiffres. Il suffit que 20 % des fédérations — soit 43 sur 211 — réclament une motion de défiance pour en déclencher une, et l'UEFA en compte déjà 55 à elle seule. Mais la faire aboutir demande une majorité simple lors d'un Congrès de la FIFA* extraordinaire, soit 106 voix sur 211 — et les confédérations africaine, asiatique et sud-américaine ont déjà promis leur soutien à Infantino, lui garantissant à elles seules 111 voix, une majorité absolue.

L'issue est donc suspendue à un calcul politique délicat : l'UEFA a la légitimité et le nombre pour ouvrir la procédure, mais pas forcément pour la gagner si elle va jusqu'au vote. Ce grand écart entre l'indignation affichée et le rapport de force réel — avec en toile de fond l'élection présidentielle du 18 mars 2027 (candidatures closes le 18 novembre 2026) — rend l'issue ouverte à trois trajectoires bien différentes plutôt qu'à un seul dénouement écrit d'avance.

Votes déjà acquis à Infantino 111 / 211 fédérations ▲ majorité absolue garantie (Afrique, Asie, Amérique du Sud)
Seuil pour déclencher une motion de défiance 43 fédérations (20 %) ▲ l'UEFA (55 membres) le dépasse déjà largement

Confiance regagnée, statu quo tendu ou motion de défiance ?

Ce qu'on évalue

Est-ce que Gianni Infantino va regagner la confiance de l'UEFA et des autres fédérations avant l'élection de mars 2027, rester à la tête de la FIFA malgré une défiance qui dure sans jamais être formellement contestée, ou l'UEFA va-t-elle vraiment déclencher une motion de défiance et ouvrir une crise de gouvernance inédite dans le foot mondial ?

Favorable
20%
Peu probable

🤝 Infantino regagne la confiance

Sous la pression, Infantino pourrait aller au-delà des excuses du 5 août : ouvrir une vraie négociation sur la gouvernance (comité conjoint avec les confédérations avant toute réforme commerciale, consultation systématique avant les grandes annonces), pour éteindre la crise avant la date limite de candidature du 18 novembre 2026. Dans ce scénario, l'UEFA renonce à formaliser sa motion de défiance et Infantino aborde l'élection du 18 mars 2027 dans un climat apaisé. C'est le scénario le moins probable des trois : la rupture de confiance est déjà publique et répétée (UEFA, CONCACAF, Fédération anglaise, Canada), et rien dans les précédents récents — le projet FFE avait déjà été annoncé sans consultation — ne montre qu'Infantino change durablement de méthode.


Indicateurs touchés
  • Motion de défiance : jamais formellement déposée par l'UEFA d'ici l'élection de mars 2027.
  • Élection du 18 mars 2027 : Infantino réélu sans opposition sérieuse, dans un climat apaisé.
  • Ordres de grandeur indicatifs, pas des prévisions garanties.
Concrètement en France Un apaisement écarte le risque d'un boycott qui priverait les Bleus et les diffuseurs français (TF1, beIN Sports) d'une Coupe du monde. → Plutôt favorable pour la France.
Stable
45%
Probable

🧊 La méfiance dure, Infantino reste

Le rapport de force penche clairement du côté d'Infantino : les confédérations africaine, asiatique et sud-américaine lui assurent déjà 111 voix sur 211, largement de quoi gagner n'importe quel vote au Congrès. L'UEFA le sait bien — c'est justement ce qui rend une motion de défiance formelle risquée pour elle : la déclencher et la perdre l'affaiblirait plus que la simple menace ne le fait aujourd'hui. Dans ce scénario, l'UEFA maintient la pression verbale sans franchir le pas, Infantino est réélu en mars 2027 malgré une opposition déclarée, mais aucune réforme de gouvernance sérieuse n'est engagée et la méfiance devient durable. C'est le scénario le plus probable des trois : contrairement au scénario favorable, une confiance perdue publiquement ne se répare pas d'un coup ; contrairement au scénario dégradé, l'UEFA n'a mathématiquement rien à gagner à aller jusqu'à un vote qu'elle est quasiment certaine de perdre.


Indicateurs touchés
  • Motion de défiance : menacée, mais jamais soumise au vote d'ici mars 2027.
  • Élection du 18 mars 2027 : Infantino réélu, avec une opposition déclarée mais minoritaire (moins de 100 voix sur 211).
  • Réforme de la gouvernance FIFA (transparence, consultation des fédérations) : pas de changement structurel engagé.
  • Ordres de grandeur indicatifs, pas des prévisions garanties.
Concrètement en France Rien ne change dans l'immédiat pour les compétitions déjà prévues, mais la FFF — qui dit avoir découvert le projet FFE « dans la presse » — reste sans levier direct pour peser sur la gouvernance FIFA. → Neutre pour la France.
Dégradé
35%
Probable

⚡ L'UEFA déclenche la motion de défiance

Le seuil est déjà franchi : les 55 fédérations de l'UEFA suffisent largement aux 43 nécessaires pour lancer officiellement la procédure, et l'UEFA a prévenu qu'elle envisageait « toutes les options ». Dans ce scénario, elle formalise sa demande, un congrès extraordinaire est convoqué dans les trois mois qui suivent, et la campagne pour la présidence de mars 2027 se transforme en vraie bataille électorale — un adversaire comme Victor Montagliani ou le président de l'UEFA Aleksander Ceferin se déclare candidat avant la date limite du 18 novembre 2026. Plus probable que le scénario favorable, car la colère de l'UEFA, de la CONCACAF et de plusieurs fédérations nationales est déjà exprimée publiquement et ne semble pas près de retomber ; mais moins probable que le scénario stable, car déclencher un vote qu'elle sait mathématiquement perdant (111 voix acquises à Infantino sur 211) exposerait l'UEFA à un échec cuisant plutôt qu'à un simple rapport de force maintenu.


Indicateurs touchés
  • Motion de défiance : déposée formellement par l'UEFA, congrès extraordinaire convoqué sous 3 mois.
  • Élection du 18 mars 2027 : un candidat de poids (Montagliani ou Ceferin) se présente contre Infantino.
  • Risque de boycott ravivé sur d'autres échéances FIFA, à commencer par la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil.
  • Ordres de grandeur indicatifs, pas des prévisions garanties.
Concrètement en France Une crise prolongée fragiliserait la préparation d'échéances FIFA à venir et prolongerait l'incertitude pour les diffuseurs et sponsors français liés à ces compétitions. → Plutôt défavorable pour la France.

Petit lexique

Confédération (football)
Une des six organisations continentales qui regroupent les fédérations nationales de football (comme l'UEFA en Europe ou la CONCACAF en Amérique du Nord et centrale) et qui votent ensemble au sein de la FIFA.
FIFA Forward Enterprise (FFE)
La filiale commerciale que la FIFA voulait créer pour gérer les droits de ses compétitions, dont la Coupe du monde, en vendant 20 % de son capital à des investisseurs privés — projet abandonné le 1er août 2026.
Motion de défiance (FIFA)
La procédure qui permet à au moins 20 % des fédérations membres de la FIFA de demander la destitution du président, tranchée ensuite à la majorité simple lors d'un congrès extraordinaire.
Congrès de la FIFA
L'assemblée qui réunit les 211 fédérations membres de la FIFA pour ses grandes décisions, dont l'élection du président.
Voir tous les termes déjà expliqués → Glossaire

Sources

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