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Édition du 21 septembre 2026 · N°60
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Photo d'illustration — USA-Chine : la trêve commerciale au bord du gouffre
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Lundi, géopolitique

USA-Chine : la trêve commerciale au bord du gouffre

Publié le 21 septembre 2026

La question posée

À trois jours du sommet Trump-Xi, la trêve tarifaire USA-Chine peut-elle être prolongée, ou la guerre commerciale repart-elle de plus belle ?

Le 24 septembre 2026, Xi Jinping doit se rendre à la Maison-Blanche pour rencontrer Donald Trump : ce sera la première visite d'État d'un dirigeant chinois à Washington depuis dix ans. Face à lui, deux négociateurs ont préparé le terrain en amont : le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, chargé des discussions commerciales, qui se sont vus à New York le 14 septembre. L'enjeu affiché n'est pas un traité complet mais quelque chose de plus modeste et pourtant crucial : savoir si la trêve tarifaire* en vigueur depuis octobre 2025 sera prolongée ou si elle s'effondre, ravivant une guerre commerciale qui avait déjà fait trembler les marchés mondiaux l'an dernier.

Cette trêve remonte au sommet de Busan, en Corée du Sud, le 30 octobre 2025 : elle avait mis fin à une escalade vertigineuse où les droits de douane américains sur les produits chinois avaient atteint 145% en avril 2025, la Chine répliquant avec des taxes réciproques de 125%. Depuis, ces taux ont fortement baissé, mais la paix reste partielle : Pékin maintient encore une taxe de 10% sur l'ensemble des produits américains, avec des surtaxes ciblées dans certains secteurs. Un deuxième round de discussions avait eu lieu à Pékin le 14 mai 2026, lors d'une visite d'État de Trump, sans lever toutes les incertitudes sur la suite.

Comprendre

Une trêve tarifaire n'est pas un traité : elle peut être défaite d'un trait de plume présidentiel.

Contrairement à un accord commercial classique ratifié par les parlements, cette trêve repose sur un engagement tacite entre deux dirigeants, révisable à tout moment par simple décret côté américain. C'est comme un cessez-le-feu oral entre deux voisins en conflit : tenu tant que personne ne change d'avis, mais sans aucune garantie écrite qui empêche l'un des deux de revenir dessus du jour au lendemain.

Derrière les chiffres, le rapport de force reste déséquilibré. Le commerce total entre les deux pays a atteint 400,8 milliards de dollars entre janvier et août 2026, en hausse de 5,4% sur un an, et les exportations chinoises représentent 75% de ce total — ce qui irrite Washington depuis des années. Pékin, de son côté, s'apprête à enregistrer un excédent commercial d'environ 1 000 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive, preuve que l'économie chinoise a mieux résisté aux tarifs américains que prévu, portée notamment par des exportations solides et les investissements dans l'intelligence artificielle.

Ce déséquilibre commercial n'est que la partie visible d'un désaccord de fond plus ancien : depuis des années, Washington accuse Pékin de pratiques commerciales déloyales (subventions massives, surcapacités industrielles écoulées à l'export), tandis que la Chine dénonce des mesures protectionnistes américaines jugées arbitraires. Selon Dan Wang, directrice Chine du cabinet Eurasia Group, Xi Jinping ne ferait pas le déplacement à Washington sans garantie de résultats concrets sur les droits de douane ou une prolongation de trêve : un déplacement sans contrepartie serait perçu comme une faiblesse diplomatique pour Pékin, qui a par ailleurs repris l'an dernier son avantage stratégique sur les terres rares pour faire plier Washington sur les tarifs.

Le calendrier ajoute une pression supplémentaire : selon Reuters, l'objectif réel de la rencontre du 24 septembre est de déterminer si une prolongation de la trêve sera annoncée, la Maison-Blanche cherchant elle-même à minimiser les attentes d'une percée majeure. Mais la table des négociations ne se limite pas au commerce : les dossiers de Taïwan, de l'Iran et de l'intelligence artificielle pourraient s'y ajouter et complexifier tout accord, certains alliés des États-Unis en Asie craignant que Taïwan ne devienne une simple monnaie d'échange dans les mains de Trump face à Xi. Ce risque périphérique avait déjà été analysé en profondeur dans notre édition du 14 septembre sur la pression militaire chinoise autour de Taïwan — ce lundi, l'angle change : c'est le fil commercial et tarifaire qui est au centre, Taïwan n'intervenant ici que comme un facteur susceptible de faire dérailler la discussion économique, on avait déjà vu passer un sujet similaire, n'hésite pas à lire notre article pour en savoir plus.

Comprendre

Pourquoi un dossier militaire comme Taïwan peut faire dérailler une négociation purement commerciale.

Dans la diplomatie sino-américaine actuelle, les sujets ne se négocient presque jamais isolément : Taïwan, l'Iran, les tarifs et l'IA forment un même paquet global. Cela ressemble à une négociation salariale où l'on discuterait en même temps du salaire, des horaires et du télétravail : céder sur un point peut servir de monnaie d'échange sur un autre, ce qui rend chaque dossier otage des autres.

C'est précisément cette accumulation de dossiers sensibles empilés sur une trêve déjà fragile qui rend l'issue du sommet difficile à prévoir, et qui justifie de raisonner en trois scénarios distincts plutôt qu'en un seul pronostic. Un accord clair et documenté rassurerait immédiatement les marchés, qui ont d'ailleurs déjà anticipé une détente cette semaine avec des indices boursiers chinois en nette hausse. Un statu quo flou prolongerait l'incertitude sans la résoudre. Et un échec, provoqué par une provocation sur Taïwan ou un désaccord sur l'Iran — où la Chine reste le premier acheteur de pétrole malgré les sanctions américaines —, ferait immédiatement resurgir le risque d'une nouvelle escalade tarifaire aux conséquences mondiales, à quelques semaines des élections de mi-mandat américaines de novembre.

Excédent commercial chinois 2026 (projeté) ~1 000 Md$ Stable/en hausse, 2e année consécutive à ce niveau
Droits de douane US sur produits chinois (pic avril 2025) 145% En forte baisse depuis, taux effectif à 22,8% en juillet 2026

La trêve commerciale USA-Chine va-t-elle survivre au sommet du 24 septembre ?

Ce qu'on évalue
  • FavorableLe sommet débouche sur une prolongation claire de la trêve, avec des gestes concrets qui rassurent les marchés mondiaux.
  • StableUn accord flou et non contraignant prolonge le statu quo tarifaire sans résoudre les tensions de fond.
  • DégradéLe sommet échoue sur Taïwan ou l'Iran, la trêve s'effondre et de nouvelles surtaxes réciproques relancent la guerre commerciale.
Favorable
35%
Probable

Trump et Xi annoncent une prolongation claire de la trêve

Dans ce scénario, le sommet du 24 septembre débouche sur une annonce concrète : un cadre écrit de réduction tarifaire réciproque, portant sur environ 30 milliards de dollars de produits de chaque côté selon le ministère chinois du Commerce, accompagné de gestes de bonne volonté comme la reprise d'achats chinois de soja américain ou d'avions Boeing, un accord plus large ayant même été évoqué autour de 500 appareils. Les conseils sino-américains sur le commerce et l'investissement, créés lors du sommet de mai à Pékin, seraient alors formellement activés pour désamorcer les frictions futures avant qu'elles ne dégénèrent en nouvelle crise tarifaire.

Ce scénario se distingue du scénario stable par l'existence d'engagements écrits et chiffrés, pas seulement une déclaration verbale prolongeant le statu quo. Il se distingue surtout du scénario dégradé par l'absence de dérapage sur Taïwan ou l'Iran : les deux dirigeants choisiraient explicitement de compartimenter les sujets, en traitant le commercial à part des tensions géopolitiques, plutôt que de laisser un blocage militaire ou diplomatique contaminer la discussion économique comme le redoutent les alliés asiatiques de Washington.


Indicateurs touchés
  • Excédent commercial chinois 2026 ~950-1 000 Md$ → ~1 000 Md$ projeté
  • Droits de douane US sur produits chinois Baisse ciblée sur secteurs clés ↓ 22,8% taux effectif (juillet 2026)
Concrètement en France Une trêve confirmée stabiliserait les chaînes d'approvisionnement mondiales, y compris les exportations françaises vers la Chine et les États-Unis. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
45%
Assez probable

Un accord flou prolonge le statu quo sans le résoudre

Dans ce scénario, Trump et Xi annoncent en termes généraux la poursuite de la trêve, sans chiffres précis ni engagement contraignant nouveau — une manière de sauver la face de part et d'autre sans avancer réellement. Les tarifs resteraient à leur niveau actuel, avec un taux effectif américain de 22,8% sur les produits chinois et la taxe chinoise de 10% sur les produits américains inchangée. Les dossiers Taïwan, Iran et intelligence artificielle seraient évoqués mais renvoyés à de futures discussions, sans qu'aucun ne bloque formellement le sommet.

Ce scénario diffère du favorable par l'absence de gestes concrets et mesurables : pas de nouveaux achats agricoles annoncés, pas de calendrier de baisse tarifaire. Il diffère du dégradé par l'absence de rupture ouverte : aucune des deux parties ne relance officiellement l'escalade, contrairement au pic de 145%/125% observé en avril 2025. C'est le scénario de l'attentisme, où la fragilité de la trêve n'est ni résolue ni exposée publiquement, laissant planer le doute jusqu'au prochain point de friction, potentiellement lors des élections de mi-mandat américaines de novembre.


Indicateurs touchés
  • Excédent commercial chinois 2026 ~1 000 Md$ → ~1 000 Md$ projeté
  • Droits de douane US sur produits chinois 22,8% taux effectif, inchangé → 22,8% taux effectif (juillet 2026)
Concrètement en France Le statu quo maintient une incertitude commerciale persistante qui pèse déjà sur les prévisions des exportateurs et industriels français exposés à la Chine. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Dégradé
20%
Peu probable

Le sommet échoue et de nouvelles surtaxes sont annoncées

Dans ce scénario, un désaccord ouvert sur Taïwan — par exemple autour des ventes d'armes américaines évaluées à 14 milliards de dollars, jugées par Trump lui-même comme un « levier de négociation » — ou une nouvelle provocation liée à l'Iran (où la Chine reste le premier acheteur de pétrole malgré les sanctions) ferait dérailler le sommet, voire conduirait à son annulation ou à sa rétrogradation en simple rencontre technique. La trêve s'effondrerait alors, avec un retour possible vers des surtaxes réciproques proches des niveaux extrêmes atteints en avril 2025, quand les droits de douane américains avaient grimpé à 145% et les taxes chinoises à 125%.

Ce scénario se distingue radicalement des deux autres par une rupture visible et datée, pas une simple stagnation : les marchés asiatiques, qui avaient anticipé une détente avec une hausse d'environ 1% des indices chinois cette semaine, subiraient un choc inverse immédiat. Contrairement au scénario stable, où l'ambiguïté profite temporairement aux deux parties, ce scénario dégradé raviverait ouvertement le risque de récession mondiale évoqué par plusieurs économistes, à un moment particulièrement sensible pour Trump à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.


Indicateurs touchés
  • Excédent commercial chinois 2026 Repli possible sous 900 Md$ ↓ ~1 000 Md$ projeté
  • Droits de douane US sur produits chinois Remontée vers 100%+ ↑ 22,8% taux effectif (juillet 2026)
Concrètement en France Une nouvelle escalade tarifaire raviverait le risque de récession mondiale et pèserait directement sur la croissance et les exportations françaises. ↓ Plutôt défavorable pour la France.

Ordres de grandeur indicatifs pour les 3 scénarios ci-dessus, estimés avec l'information disponible à la publication et réévalués si la situation change — jamais des prévisions garanties. En savoir plus sur notre méthode →

L'essentiel

La question posée : la trêve tarifaire fragile entre Washington et Pékin peut-elle être prolongée lors du sommet Trump-Xi du 24 septembre, ou la guerre commerciale repart-elle de plus belle ?

Le contexte : cette trêve, conclue en octobre 2025 après un pic de droits de douane à 145% côté américain et 125% côté chinois, reste fragile ; la Chine s'apprête à enregistrer un excédent commercial d'environ 1 000 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive, ce qui irrite Washington.

La conclusion probable : ni percée ni rupture nette — l'issue la plus vraisemblable (45%) est un accord flou qui prolonge le statu quo sans le résoudre, la vraie prolongation documentée restant possible mais minoritaire (35%), et l'effondrement pur (20%) demeurant le scénario le moins probable mais pas exclu, notamment via Taïwan ou l'Iran.

Signal à surveiller : l'annonce, ou son absence, d'un cadre écrit et chiffré de réduction tarifaire à l'issue du sommet du 24 septembre 2026 à Washington, ainsi que toute confirmation officielle chinoise de la visite avant cette date.

Léger négatif

Notre évaluation de l'impact pour la France : léger négatif. avec 35% de chances d'une prolongation claire mais 65% de risque cumulé d'un statu quo flou ou d'un échec pur, l'incertitude commerciale continue de peser modérément sur les perspectives des exportateurs français exposés à la Chine et aux États-Unis.

Si tu devais retenir 1 chose

La Chine s'apprête à enregistrer un excédent commercial d'environ 1 000 milliards de dollars pour la 2e année de suite, à trois jours du sommet Trump-Xi sur la trêve tarifaire.

Petit lexique

Trêve tarifaire
Accord temporaire entre deux pays pour suspendre ou réduire des droits de douane, sans valeur de traité formel, donc révisable unilatéralement à tout moment.
Voir tous les termes déjà expliqués → Glossaire

Sources

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