Chaque jour, un sujet qui compte, décortiqué en trois scénarios chiffrés, avec une probabilité pour chacun. Jamais figée : elle évolue si la situation change.
Scénario
Mardi, carte blanche
Présidentielle 2027 : qui peut vraiment battre le RN ?
Publié le 1er septembre 2026
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La question posée
À huit mois du premier tour, Marine Le Pen domine tous les sondages (33-38 %) : la droite et la gauche, toujours divisées, peuvent-elles aligner un candidat capable de la battre au second tour ?
Les faits
La prochaine élection présidentielle se tient les 18 avril et 2 mai 2027. Emmanuel Macron ne peut pas se représenter : la Constitution limite à deux le nombre de mandats consécutifs. Le fauteuil est donc ouvert. Pour apparaître sur le bulletin, chaque candidat devra réunir au moins 500 parrainages d'élus, répartis dans au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer — un filtre qui réduit fortement le nombre de noms sur la ligne de départ : 12 candidats en 2022, 11 en 2017.
Le grand nom de cette élection reste Marine Le Pen. Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris a confirmé l'essentiel de sa condamnation pour détournement de fonds publics, mais a réduit sa peine d'inéligibilité* à 45 mois, dont 30 avec sursis — déjà couverts par la partie purgée depuis 2025. Résultat concret : elle reste éligible pour 2027. Elle a aussitôt formé un pourvoi en cassation*, qui suspend l'exécution de sa peine le temps de la procédure. La Cour de cassation a indiqué vouloir statuer avant le premier tour, sans donner de date ferme — un calendrier qu'elle a elle-même qualifié de « susceptible d'évoluer ».
Sur ce terrain juridique incertain, elle domine quand même tous les sondages. Entre le 18 et le 28 août 2026, trois instituts différents (Harris Interactive, Ifop-Fiducial, Elabe) la placent entre 33 % et 38 % au premier tour, loin devant n'importe quel autre nom — Jordan Bardella, son numéro deux et plan B en cas d'inéligibilité confirmée, obtient un score comparable quand il est testé à sa place.
En face, ni la droite ni la gauche n'a réussi à se ranger derrière un seul candidat. À droite, l'hypothèse d'une primaire* s'éloigne. Bruno Retailleau, désigné candidat par Les Républicains en avril 2026, trace sa propre route avec un programme plus marqué à droite. De leur côté, Édouard Philippe et Gabriel Attal, figures du bloc central*, se seraient mis d'accord pour que le moins bien placé des deux s'efface devant l'autre — sans dire lequel, ni quand.
À gauche, la fragmentation est encore plus nette. Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature seul dès le 3 mai 2026, en dehors de toute primaire. Une primaire ouverte à toute la gauche non mélenchoniste devait suivre. Mais le 9 juillet, le PS a préféré organiser sa propre primaire fermée avec Place publique, ce qui a fait s'effondrer le projet commun. Deux jours plus tard, Clémentine Autain a retiré sa candidature, dénonçant « l'empilement des candidatures » ; de son côté, Marine Tondelier a fait le choix d'une candidature autonome pour les Écologistes plutôt que de rejoindre la primaire PS/Place publique. Celle-ci se tient malgré tout, en deux tours les 9-10 et 16-17 octobre 2026 : Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal et Olivier Faure y sont candidats, aux côtés de deux autres députés socialistes. Résultat : au moins quatre candidatures distinctes à gauche (Mélenchon, la primaire PS/Place publique, Tondelier, et possiblement d'autres), sans compter une droite tout aussi éclatée.
Une donnée que les chiffres ci-dessus ne peuvent pas capturer : le mécontentement perceptible chez une partie de l'électorat de gauche traditionnel pourrait se traduire par une mobilisation ou une pression de rue sur les candidats déclarés, au-delà du seul jeu des primaires. Ni les candidats ni les instituts n'ont intérêt à commander un sondage pour tester cette hypothèse — elle reste donc absente des sondages cités, pas parce qu'elle est improbable, mais parce qu'elle n'est simplement jamais mesurée (voir notre méthode).
Comprendre
Un candidat peut se qualifier pour le second tour sans avoir progressé d'un seul point — si en face, personne ne s'unit.
En 2002, Jean-Marie Le Pen a éliminé Lionel Jospin dès le premier tour avec 16,9 % des voix, un score presque anecdotique pour un second tour. La gauche était éclatée entre huit candidats. Aujourd'hui, le RN plafonne aussi autour de 33-38 % depuis des années. Ce qui change, c'est que droite et gauche restent, comme en 2002, incapables de se ranger derrière un seul nom.
Et le second tour ? Un sondage Ifop-Fiducial des 24 et 25 août donne Marine Le Pen gagnante face à chacun des six adversaires testés : 54 % contre Gabriel Attal, 54 % contre François Hollande, 55 % contre Raphaël Glucksmann, jusqu'à 67 % contre Jean-Luc Mélenchon. Hollande, non candidat et absent de toute primaire, n'a pourtant jamais quitté la scène depuis son retour à l'Assemblée en 2022 : il multiplie depuis 2026 les signes de préparation à un retour (association de financement, bureaux de campagne à Paris), en solution de repli si Raphaël Glucksmann s'affaiblit. D'autres instituts, comme Odoxa, publient au contraire des configurations où Édouard Philippe l'emporterait face à elle — un écart entre sondages qui montre à quel point le résultat dépend du nom finalement retenu par chaque camp, pas d'une tendance déjà figée.
On avait déjà vu passer ce sujet début août, quand la candidature de Marine Le Pen venait tout juste d'être validée en appel (voir notre article pour revoir comment ce paysage s'était formé). Trois semaines plus tard, rien n'est vraiment tranché : soit un camp réussit enfin à s'unir et redevient compétitif face au RN, soit la fragmentation actuelle se prolonge sans y changer grand-chose, soit elle s'aggrave encore, entre primaires qui échouent et incertitude judiciaire qui dure jusqu'au vote.
Au-delà du seul duel face au RN, plusieurs dossiers structureront la campagne d'ici avril 2027. Le budget, un exercice périlleux pour le gouvernement Lecornu, revient chaque automne sur la table (voir notre article). Les retraites, un dossier explosif que personne ne veut rouvrir, referont surface (voir notre article). Et la question de l'ingérence étrangère dans le scrutin lui-même — piratages, algorithmes de recommandation — restera sous surveillance (voir notre article). Le climat pèsera aussi dans le débat, avec un budget écologie déjà rogné et des engagements 2030 fragilisés (voir notre article). Pouvoir d'achat, immigration et sécurité complètent la liste des thèmes les plus attendus.
Scénario suivra ce dossier jusqu'au premier tour, avec sans doute plusieurs rebondissements d'ici là : issue de la primaire PS/Place publique à la mi-octobre, décision de la Cour de cassation sur le pourvoi de Marine Le Pen, et éventuel accord — ou non — entre Édouard Philippe et Bruno Retailleau à droite.
Pour resituer qui est qui : voici les principaux partis et leur représentant, de l'extrême droite à l'extrême gauche, avec leurs chances connues de battre le RN au second tour.
Le paysage politique, de l'extrême droite à l'extrême gauche
1RN — Marine Le Pen (ou Jordan Bardella)33-38 % au premier tour, en tête de tous les sondages depuis des mois. C'est le candidat que tous les autres doivent battre au second tour — pas de « probabilité de battre le RN » pour lui-même.
2LR — Bruno Retailleau6-9 % au premier tour (Elabe/Harris, 18-19 août 2026) — trop bas pour être testé en duel face au RN à ce stade.
3Horizons (bloc central) — Édouard Philippe14-19 % au premier tour, en repli depuis le printemps. Meilleur score connu en duel : 48 % face à Jordan Bardella (Odoxa, mai 2026) — mais ce résultat date de plusieurs mois.
4PS/Place publique — Raphaël Glucksmann17-18 % au premier tour (Ifop, 26 août 2026). En duel : 45 % face à Marine Le Pen (Ifop-Fiducial, 24-25 août 2026).
5Écologistes — Marine Tondelier3,5-4 % au premier tour (Elabe, 29 août 2026) — trop bas pour être testée en duel face au RN à ce stade.
6LFI — Jean-Luc Mélenchon16-17 % au premier tour. En duel : 33 % face à Marine Le Pen (Ifop-Fiducial, 24-25 août 2026), le plus large écart des configurations testées.
Sur ces 6 partis, seuls 3 candidats (Philippe, Glucksmann, Mélenchon) ont déjà été testés en duel face au RN — les autres restent trop bas au premier tour pour que les instituts les y incluent.
Score du RN au premier tour33-38 % Le Pen ou Bardella, 3 instituts, 18-28 août 2026
Meilleur score face à Le Pen au 2ᵈ tour46 % Configuration la plus favorable testée, Ifop, 24-25 août 2026
Favorable, stable ou dégradé
Un camp peut-il enfin s'unir pour offrir un vrai choix face au RN ?
Ce qu'on évalue
Est-ce que la droite ou la gauche parvient enfin à s'unir derrière un seul candidat ? Est-ce que la fragmentation actuelle se prolonge simplement jusqu'au vote ? Ou s'aggrave-t-elle encore, entre primaires qui échouent et incertitude judiciaire non tranchée ?
Précision : « favorable » répond ici uniquement à la question posée plus haut — un camp retrouve-t-il un candidat capable de battre le RN au second tour — pas à une préférence pour un parti ou un candidat. Scénario ne prend aucune position politique. En savoir plus sur notre méthode →
Favorable
20%
Peu probable
La droite ou la gauche s'unit et repasse devant le RN au second tour
D'ici le printemps, un camp parvient enfin à se ranger derrière un seul nom : soit la primaire d'octobre débouche sur un candidat de gauche capable de rallier aussi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon au second tour, soit Édouard Philippe et Bruno Retailleau finissent par s'entendre à droite. Ce candidat unique capte alors les voix aujourd'hui dispersées entre plusieurs prétendants, sans que le RN ne progresse pour autant — son score reste proche de son plafond actuel.
C'est le scénario le moins probable des trois : ni la primaire de gauche ni les tractations à droite n'ont pour l'instant produit d'accord réel, seulement des intentions. Il reste moins probable que le stable, qui prolonge simplement les divisions déjà là, et surtout moins probable que le dégradé, qui part d'une fragmentation encore renforcée.
Indicateurs touchés
Score du RN au 1ᵉʳ tour≈ 33-35 %→(vs 33-38 %, août 2026)
Meilleur score face à Le Pen au 2ᵈ tour≈ 51-55 %↑(vs 46 %, août 2026)
Concrètement en France
Un second tour enfin disputé donnerait au futur président une légitimité plus large pour gouverner — un enjeu direct pour une Assemblée sans majorité stable depuis 2024, budget compris. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
50%
Assez probable
Droite et gauche restent divisées, le RN l'emporte comme prévu
La primaire de gauche produit un candidat, mais Jean-Luc Mélenchon refuse de s'y rallier et maintient sa propre candidature. À droite, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau se présentent chacun de leur côté, faute d'accord conclu à temps. Le paysage du premier tour ressemble donc à celui d'aujourd'hui : un RN loin devant, et cinq à six candidats regroupant chacun entre 8 % et 18 % des voix derrière lui. Au second tour, le candidat qui se qualifie face au RN perd, à peu près dans les mêmes proportions que les sondages actuels.
C'est le scénario le plus probable des trois : il prolonge une dynamique déjà installée depuis des mois, sans qu'aucun camp n'ait montré de signe concret d'union à ce stade. Plus probable que le favorable, qui suppose un accord encore jamais vu ; plus probable aussi que le dégradé, qui suppose une aggravation nette de la situation actuelle.
Indicateurs touchés
Score du RN au 1ᵉʳ tour≈ 35-38 %→(vs 33-38 %, août 2026)
Meilleur score face à Le Pen au 2ᵈ tour≈ 44-48 %→(vs 46 %, août 2026)
Concrètement en France
La fragmentation actuelle se prolonge jusqu'au vote : même un second tour classique ne réglerait pas le vrai problème français depuis 2024, l'absence de majorité stable à l'Assemblée pour gouverner après l'élection. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Dégradé
30%
Probable
La fragmentation s'aggrave et l'incertitude judiciaire dure jusqu'au vote
La primaire de gauche échoue à convaincre au-delà de son propre camp, pendant qu'à droite Philippe, Attal et Retailleau se neutralisent mutuellement sans qu'aucun ne perce vraiment. Le nombre de candidatures déclarées ou pressenties dépasse celui de 2017 et 2022 à la même distance du scrutin. Autre facteur d'incertitude : la Cour de cassation n'a toujours pas tranché le pourvoi de Marine Le Pen à quelques semaines du premier tour, ce qui alimente les tensions sur la légitimité de la candidature en tête des sondages.
Ce scénario reste moins probable que le stable, car la fragmentation actuelle devrait déjà attirer des tentatives de recomposition avant le printemps. Mais il est plus probable que le favorable : la primaire de gauche exclut déjà Jean-Luc Mélenchon, et les tractations à droite n'ont, à ce stade, produit aucun accord écrit — les mêmes obstacles qui bloquent l'union aujourd'hui peuvent tout aussi bien durer jusqu'au vote.
Indicateurs touchés
Score du RN au 1ᵉʳ tour≈ 38-42 %↑(vs 33-38 %, août 2026)
Meilleur score face à Le Pen au 2ᵈ tour≈ 35-40 %↓(vs 46 %, août 2026)
Concrètement en France
Une crise de légitimité électorale — contentieux judiciaire non tranché, fragmentation record — fragiliserait le futur président dès son entrée en fonction, avec un risque accru d'instabilité gouvernementale comme depuis 2024. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Ordres de grandeur indicatifs pour les 3 scénarios ci-dessus, estimés avec l'information disponible à la publication et réévalués si la situation change — jamais des prévisions garanties. En savoir plus sur notre méthode →
L'essentiel
À huit mois du vote, un camp peut-il enfin s'unir pour offrir un vrai choix face au RN, très largement en tête des sondages ?
Entre le 18 et le 28 août 2026, trois instituts placent Marine Le Pen (ou Jordan Bardella) entre 33 % et 38 % au premier tour de la présidentielle 2027, loin devant une droite et une gauche toujours divisées entre plusieurs candidats.
Le scénario le plus probable (50 %) : la fragmentation actuelle se prolonge jusqu'au vote, et le candidat qui se qualifie face au RN au second tour perd dans des proportions proches des sondages d'aujourd'hui, autour de 46-54 %.
Signal à surveiller : l'issue de la primaire de gauche des 9-10 et 16-17 octobre 2026, et tout accord annoncé entre Édouard Philippe et Bruno Retailleau à droite.
Assez négatif
Notre évaluation de l'impact pour la France : assez négatif. Le scénario stable (50 %) et le scénario dégradé (30 %) laissent tous les deux la France dans une fragmentation politique non résolue, contre seulement 20 % de chances qu'un camp s'unisse enfin pour offrir un choix clair.
Une peine qui interdit à une personne condamnée de se présenter à une élection, pendant une durée fixée par le jugement.
Pourvoi en cassation
Le recours ultime contre une décision de justice, examiné par la Cour de cassation, qui vérifie si le droit a été correctement appliqué sans rejuger les faits.
Primaire
Un scrutin interne organisé par un parti ou une coalition pour désigner, avant l'élection principale, le candidat unique qui portera ses couleurs.
Bloc central
Le camp politique issu de la macronie et de ses alliés (Horizons, Renaissance, une partie du centre-droit), aujourd'hui sans leader unique désigné pour 2027.
Chaque jour, un sondage sur notre canal Telegram : vote pour le scénario que tu juges le plus probable avant même de découvrir les vraies probabilités ci-dessus.