Chaque jour, un sujet qui compte, décortiqué en trois scénarios chiffrés, avec une probabilité pour chacun. Jamais figée : elle évolue si la situation change.
Scénario
Samedi, culture
Hollywood : le modèle des suites touche-t-il sa limite ?
Publié le 12 septembre 2026
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La question posée
En 2026, plusieurs suites à très gros budget ont flanché en salle pendant que des films inédits cartonnaient : le pari des franchises reste-t-il aussi sûr qu'avant ?
Les faits
Un seul film, Spider-Man : Brand New Day — la suite du duel Spider-Man/Avengers que nous avions déjà raconté (lire notre article) —, a rapporté 2,2 milliards de dollars dans le monde en 2026 et détient déjà le record du plus gros lancement de l'histoire (360 millions de dollars en un seul week-end aux États-Unis). Au même moment, trois autres suites à très gros budget — Star Wars : The Mandalorian and Grogu, Masters of the Universe et Supergirl — ont raté leur pari en salle, chacune coûtant plus de 150 millions de dollars sans rentrer dans ses frais. Même Avatar : Fire and Ash, pourtant issu de la franchise* la plus rentable de l'histoire du cinéma, n'a rapporté qu'environ 1,45 milliard de dollars dans le monde — un tiers de moins que le film précédent de la saga, sorti trois ans plus tôt. Le système de suites, spin-offs* et reboots* qui fait tourner Hollywood depuis vingt ans montre, cette année, ses premières fissures visibles.
Depuis 2010, les suites, remakes et préquelles occupaient huit à dix places sur dix au classement annuel des plus gros succès en salle aux États-Unis — neuf sur dix encore en 2024. En 2026, ce chiffre est tombé à cinq sur dix : deux films entièrement inédits et à très petit budget, Obsession (moins d'un million de dollars investis) et Backrooms, ont chacun dépassé 300 millions de dollars de recettes mondiales, portés par le bouche-à-oreille plutôt que par une grosse campagne marketing de studio. Un biopic musical, Michael, et une adaptation de roman de science-fiction, Project Hail Mary, complètent ce podium inhabituel de films sans suite ni univers étendu.
Comprendre
Un film de franchise reste, en moyenne, bien plus rentable qu'un film inédit — ce qui explique pourquoi les studios continuent d'en produire autant malgré les échecs les plus visibles.
Un film de franchise qui réussit rapporte en moyenne 3,1 fois sa mise (retour sur investissement*, ou ROI), contre 1,8 fois pour un film inédit qui réussit. Mais cette moyenne cache une réalité inégale. La plupart des films inédits ne rapportent jamais leur budget. Une franchise connue, elle, attire un public de base même quand le film déçoit. Les studios misent donc sur les franchises comme un pari moins risqué en moyenne, pas comme une garantie individuelle de succès.
Les trois plus grands studios américains ne réagissent pourtant pas de la même façon face à ces signaux. Universal continue d'aligner suites et films d'horreur, sa présentation annuelle CinemaCon* aux exploitants restant entièrement tournée vers ce type de films. Disney a verrouillé onze suites et remakes en prises de vues réelles jusqu'en 2029, dont Avengers : Secret Wars et Frozen 3, sans ralentir malgré les échecs de l'année. Warner Bros., fragilisé un an plus tôt par sa méga-fusion à 110 milliards de dollars avec Discovery que nous avions détaillée (lire notre article), revendique à l'inverse un « catalogue éclectique » : sa coprésidente Pamela Abdy assume miser à la fois sur des franchises et sur des œuvres originales à gros budget — un pari jugé risqué par les analystes il y a un an, avant que Sinners et One Battle After Another, deux films inédits produits par le même studio, ne raflent six Oscars en 2026, dont celui du meilleur film.
Voici, studio par studio, comment chacun des trois plus grands acteurs américains réagit aux mêmes signaux d'alerte :
Trois studios, trois stratégies face aux mêmes échecs
1Disney — tout misé sur les franchisesOnze suites et remakes verrouillés jusqu'en 2029 (dont Avengers : Secret Wars, Frozen 3) · aucun changement de cap annoncé après les échecs de 2026.
2Universal — cap inchangé sur suites et horreurPrésentation CinemaCon 2026 entièrement tournée vers les franchises et les films d'horreur, sans inflexion visible.
3Warner Bros. — catalogue éclectique assuméSorties théâtrales en hausse (11 en 2025, jusqu'à 18 prévues en 2027) · mêle franchises et œuvres originales, récompensées aux Oscars 2026.
Deux studios sur trois n'ont, à ce stade, changé aucune stratégie malgré les échecs de 2026 — le pari de Warner Bros. reste, pour l'instant, une exception plutôt qu'une nouvelle norme du secteur.
Le problème n'est pas qu'Universal et Disney ignorent les signaux d'alerte : c'est qu'ils parient sur leur capacité à absorber des échecs individuels grâce au volume et à quelques très gros succès, plutôt que de changer de méthode.
Comprendre
« Fatigue des franchises » ne veut peut-être pas dire ce qu'on croit : le problème ressemble autant à un embouteillage de sorties qu'à un rejet du principe même des suites.
Masters of the Universe a obtenu de bons avis (86 % d'avis positifs du public) mais n'a rapporté que 110 millions de dollars pour un budget d'environ 180 millions. Il est sorti à quelques semaines de plusieurs autres grosses sorties, dont deux succès surprises inattendus. Un public qui ne peut pas tout voir choisit alors le film qui lui semble le plus neuf, pas nécessairement celui qui a le meilleur accueil critique.
La faiblesse ne se limite d'ailleurs pas au public américain. Nous avions déjà raconté comment Hollywood perdait pied face au cinéma local en Chine, longtemps son deuxième marché mondial (lire notre article) : les grandes franchises américaines y reculent aussi, remplacées par des productions chinoises à succès. Un modèle pensé pour dominer un marché mondial homogène s'essouffle donc sur plusieurs fronts à la fois, pas seulement devant un public américain lassé des suites.
Pour le cinéma français, ce trébuchement hollywoodien a un effet inattendu. Sur l'ensemble de 2025, les films français ont capté 37,9 % du box-office en salle, contre 34,9 % pour les films américains — leur plus bas niveau depuis 1982. Sur les cinq premiers mois de 2026, l'écart s'est encore resserré (44,4 % contre 45 %). Le système français, où le CNC* finance une partie du cinéma national via l'avance sur recettes* indépendamment du seul succès en salle attendu, laisse une place aux films inédits que le système hollywoodien, purement commercial, réserve de moins en moins. La France a d'ailleurs ses propres franchises (Astérix, Kaamelott), mais elles pèsent bien moins lourd dans son box-office que les franchises américaines dans le leur.
Part des suites/franchises dans le top 10 du box-office nord-américain50 % (vs 90 % en 2024)
Suites à plus de 150 M$ de budget qui ratent leur pari en salleAu moins 3 (en 2026, comme en 2025)
Favorable, stable ou dégradé
Hollywood peut-il encore compter sur ses franchises ?
Ce qu'on évalue
FavorableLe cinéma se rééquilibre : les films inédits confirment leur place aux côtés de franchises mieux calibrées, sans crise financière.
StableLes studios maintiennent leur rythme de suites malgré les échecs, compensés par quelques gros succès, sans changer de stratégie.
DégradéLes suites coûteuses continuent d'échouer en série, forçant des annulations et une vraie contraction de la production.
Favorable
27%
Probable
Les films originaux gagnent durablement du terrain
Le rééquilibrage amorcé en 2026 se poursuit : les studios investissent davantage dans des films inédits à budget maîtrisé, à l'image du pari gagnant de Warner Bros. avec Sinners et One Battle After Another, récompensés aux Oscars la même année où trois suites à gros budget flanchaient. Les grandes franchises qui sortent encore sont mieux calibrées — budgets resserrés, moins de sorties concurrentes le même mois —, et rencontrent leur public sans multiplier les échecs coûteux comme en 2025 et 2026.
C'est le scénario le moins probable des trois, car il suppose que Disney et Universal, qui n'ont donné jusqu'ici aucun signe de changement de stratégie, se mettent eux aussi à réduire leur production de suites — pas seulement Warner Bros. Moins probable que le stable, qui ne demande aucun changement de cap. Moins probable aussi que le dégradé, car le rythme de sorties à très gros budget programmées jusqu'en 2029 (Frozen 3, Avengers : Secret Wars) ne montre, à ce stade, aucun signe de ralentissement.
Indicateurs touchés
Part des suites/franchises dans le top 10 US35-45 % (le rééquilibrage se poursuit)↓(vs 50 % en 2026)
Suites à 150 M$+ qui ratent leur budget1-2 en 2027 (net recul)↓(vs au moins 3 en 2026)
Concrètement en France
Depuis 2025, les films français captent une part de marché en salle inédite depuis plus de quarante ans (37,9 % contre 34,9 % pour les films américains sur l'ensemble de l'année) ; un Hollywood qui se réinvente sans s'effondrer conforte cette dynamique sans faire chuter la fréquentation globale, dont dépendent aussi les salles qui projettent des films français. ↑ Plutôt favorable pour la France.
Stable
48%
Probable
Les studios continuent de miser sur les suites malgré les échecs
Disney garde ses onze suites et remakes verrouillés jusqu'en 2029, Universal concentre sa présentation annuelle aux exploitants sur les franchises et l'horreur, et les échecs de 2026 sont absorbés comme un aléa plutôt que comme un signal d'alarme. Les gros succès attendus — Avengers : Doomsday en décembre 2026, une année entière portée par Spider-Man : Brand New Day — suffisent à maintenir la rentabilité moyenne du secteur, même si certains films individuels déçoivent.
C'est le scénario le plus probable des trois, car il prolonge exactement la situation actuelle : deux studios sur trois n'ont annoncé aucun changement de stratégie, malgré des échecs répétés. Plus probable que le favorable, qui demanderait une bascule structurelle que rien n'indique pour l'instant chez Disney ou Universal. Plus probable aussi que le dégradé, car le box-office total progresse encore en 2026 (9,8 milliards de dollars attendus, contre 8,6 en 2025), ce qui limite la pression financière immédiate sur les studios.
Indicateurs touchés
Part des suites/franchises dans le top 10 US45-55 % (niveau de 2026 maintenu)→(vs 50 % en 2026)
Suites à 150 M$+ qui ratent leur budgetenviron 3 en 2027 (rythme inchangé)→(vs au moins 3 en 2026)
Concrètement en France
Le système français de financement du cinéma (avance sur recettes du CNC, indépendante du seul succès en salle attendu) protège en partie les films français d'une logique de suites obligatoires ; leur part de marché reste donc historiquement forte (44,4 % sur les cinq premiers mois de 2026, contre 45 % pour les films américains). ↑ Plutôt favorable pour la France.
Dégradé
25%
Peu probable
Les échecs de suites à gros budget se multiplient, les studios coupent
Après Star Wars : The Mandalorian and Grogu, Masters of the Universe et Supergirl en 2026, de nouvelles suites à plus de 150 millions de dollars de budget échouent à rentrer dans leurs frais en 2027. Même Avatar, la franchise la plus rentable de l'histoire, a déjà perdu un tiers de son public entre son deuxième et son troisième volet. Les studios, pris de court, annulent ou repoussent des projets déjà annoncés et réduisent leurs investissements dans les films originaux plutôt que dans les franchises — l'inverse du pari de Warner Bros.
Ce scénario reste moins probable que le stable, car aucun studio n'a pour l'instant annoncé de coupe budgétaire ou d'annulation de projet en réaction aux échecs de 2026. Mais il est plus probable que le favorable, car le nombre de suites à très gros budget qui ratent leur pari s'est maintenu à un niveau élevé deux années de suite (trois en 2025, trois en 2026), sans qu'aucun studio autre que Warner Bros. n'ait changé de stratégie pour l'inverser.
Indicateurs touchés
Part des suites/franchises dans le top 10 US70-80 % (retour en force malgré les échecs)↑(vs 50 % en 2026)
Suites à 150 M$+ qui ratent leur budget5 ou plus en 2027 (accélération)↑(vs au moins 3 en 2026)
Concrètement en France
Une contraction du nombre de grosses sorties américaines réduirait la fréquentation globale des salles françaises, dont les films français dépendent aussi pour remplir les cinémas entre deux sorties nationales — un recul du nombre total d'entrées pèserait sur toute l'exploitation, y compris les films tricolores. ↓ Plutôt défavorable pour la France.
Ordres de grandeur indicatifs pour les 3 scénarios ci-dessus, estimés avec l'information disponible à la publication et réévalués si la situation change — jamais des prévisions garanties. En savoir plus sur notre méthode →
L'essentiel
Après plusieurs suites à gros budget qui ont flanché en salle en 2026, le modèle des franchises qui fait tourner Hollywood depuis vingt ans reste-t-il aussi rentable qu'avant ?
En 2026, la part des suites et remakes dans le top 10 du box-office nord-américain est tombée à 50 %, contre 90 % en 2024, pendant qu'au moins trois franchises à plus de 150 millions de dollars de budget (Star Wars, Masters of the Universe, Supergirl) ratent leur pari en salle.
Le plus probable (48 %) : les studios maintiennent leur rythme de suites malgré les échecs, portés par les gros succès attendus comme Avengers : Doomsday, sans changer de stratégie ni traverser de vraie crise financière.
Signal à surveiller : le résultat au box-office d'Avengers : Doomsday à sa sortie le 18 décembre 2026, et l'annonce ou non de nouvelles coupes budgétaires chez Disney ou Universal lors de la publication de leurs résultats trimestriels début 2027.
Assez positif
Notre évaluation de l'impact pour la France : assez positif. Les scénarios favorable (27 %) et stable (48 %), soit 75 % de probabilité cumulée, profitent tous deux à la part de marché historiquement forte des films français en salle ; seul le dégradé (25 %), en réduisant le nombre total de sorties américaines et donc la fréquentation globale, pèserait sur l'ensemble de l'exploitation française.
Une série de films qui partagent les mêmes personnages ou le même univers, conçue pour produire plusieurs suites, spin-offs ou remakes sur plusieurs années.
Spin-off
Un film dérivé d'une franchise existante, centré sur un personnage secondaire ou un pan de l'univers original plutôt que sur son intrigue principale.
Reboot
Un nouveau départ pour une franchise, qui repart de zéro (nouveaux acteurs, nouvelle continuité) plutôt que de prolonger l'histoire des films précédents.
Retour sur investissement (ROI)
Le rapport entre l'argent gagné par un film et son coût de production — un ROI de 3 signifie que le film a rapporté trois fois sa mise.
CinemaCon
La grand-messe annuelle des exploitants de salles de cinéma américains, où les studios présentent leurs films à venir pour convaincre les cinémas de leur réserver des écrans.
CNC
Le Centre national du cinéma, l'organisme public français qui finance une partie du cinéma national indépendamment du seul succès en salle attendu.
Avance sur recettes
Une aide financière du CNC accordée à un film avant sa sortie, à rembourser seulement s'il rencontre son public — un filet qui permet de financer des films sans garantie de succès commercial.
Chaque jour, un sondage sur notre canal Telegram : vote pour le scénario que tu juges le plus probable avant même de découvrir les vraies probabilités ci-dessus.